Jeu de rôle basé sur les règles inventées par J.K. Rowling dans l'univers de Harry Potter.
 
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 Alice au pays des Sorciers

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Loevi Leroy
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MessageSujet: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyDim 29 Juin 2008 - 21:22

Alice au pays des sorciers
Comment tout a commencé...


    Fanfiction de : Loevi Leroy, avec l’aide inestimable d’Ehlana Kalten (si je ne mets pas son nom, elle me tape… A bas la violence !)
    Summary : Alice, jeune RPGiste à ses heures perdues, se retrouve projetée dans l’univers du forum HP qu’elle côtoie depuis quelques mois et devient son personnage, Andréa, une Gryffondor un peu tête brûlée…
    Genre : pas bien défini… un peu de tout sans doute
    Rating : tout public
    Disclamer : niet, tout à moi



~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~



Prologue

-Andréa ! Eh, Andréa, réveille-toi !

Un murmure insistant s'insinuait jusqu'à mes oreilles, tentant de m'arracher à la vision bienheureuse d'une foule d'acteurs en plein tournage. Peu à peu, je me rendis compte qu'on me secouait sans ménagement ; je grimaçais et grognais de mécontentement – devant moi, les acteurs demandaient quelques précisions au réalisateur, tandis que les maquilleuses allaient et venaient entre eux, avec l'aisance de l'habitude. Je n'avais encore jamais assisté à un tournage, aussi je comptais bien profiter de cette scène unique sans en perdre la moindre seconde.

-Andréa, réveille-toi, à la fin !

Un coup plus brusque sur mon épaule me tira un nouveau grognement. Les comédiens s'égaillèrent, et je me retrouvai bientôt seule sur le plateau.

-Quoi ? marmonnai-je, mécontente.

-Tu vas être en retard si tu continues comme ça.

-En retard ?

J'avais vaguement conscience que tout ce que je venais de voir n'était qu'un rêve ; il m'apparaissait de plus en plus clairement qu'il était impossible que je puisse un jour assister à ce genre de choses. J'émergeai lentement du cocon doucereux du sommeil, entrouvrant les paupières pour essayer de distinguer le visage de celle qui osait me réveiller à pareil moment. Mais l'éclat jaunâtre d'une petite lampe m'aveugla et je refermai vivement les yeux.

-Il va bientôt être deux heures, si tu ne te dépêches pas, ça va être mauvais pour toi. Je t'avais dit que tu allais t'endormir à attendre sans rien faire.

-Quoi ?!

Je rouvris brusquement les yeux, stupéfaite. Quelque chose me disait que "deux heures" signifiait "deux heures du matin". Et je ne m'étais pas trompée : il faisait nuit, en effet, et la lueur solitaire de sa lampe de poche n'éclairait qu'une infime portion des ténèbres environnantes. Je me demandai brièvement où je me trouvais - avant que la jeune fille ne me donne une énième tape sur l'épaule et ne se redresse, sourire aux lèvres.

-C'est bien ce que tu m'avais dit, non ? "Réveille-moi avant deux heures, sinon je suis morte". Et là, il va être deux heures ; tu dors plus profondément que je ne l'avais cru, pas de ma faute si tu es en retard.

Elle laissa échapper un rire, l'air visiblement très amusé. Je la détaillai un moment, étonnée par son comportement – son visage m'était certes familier mais, dans le brouillard du sommeil, je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Je ne me souvenais pas d'avoir eu un jour une amie qui lui ressemblât. Je n'eus pourtant pas l'occasion d'y réfléchir plus avant qu'elle me tirait par le bras et me poussai à travers un passage rond à peine assez haut pour me laisser passer. Je débouchai dans un vaste couloir plongé dans le noir. Je me retournai vivement vers la fille, m'apprêtant à lui demander des explications, mais elle m'adressa un signe de la main et un clin d'œil complice.

-Passe une bonne soirée, crus-je l'entendre dire avant que le passage ne se referme devant elle, m'ôtant toute possibilité de placer un mot.

Là c'était clair : j'étais encore en plein rêve.

Sur le tableau qui se dressait maintenant devant moi, une espèce de grosse femme vêtue d'une affreuse robe rose semblait me fixer d'un regard réprobateur, tout en s'éventant rageusement avec un éventail du même rose bonbon – s'éventant ?! J'écarquillai les yeux en me rendant compte que l'objet bougeait effectivement sur la toile, comme doué d'une vie propre. Je rêvais encore, c'était certain. La femme lâcha une espèce de soupir dédaigneux et prit un air hautain, détournant le regard comme si j'étais indigne de retenir son attention.

Ce simple geste me glaça d'effroi ; prise de tremblements incontrôlables, je fis demi-tour et prit mes jambes à mon cou, remontant le couloir en courant le plus vite que je le pouvais – sans ressentir la désagréable et pourtant habituelle impression de ralentir un peu plus à chaque pas. Je parvins même m'essouffler rapidement, comme si je n'avais pas simplement couru en pensée, mais bel et bien dans la réalité – ce qui était purement impossible.

Je m'arrêtai au croisement de deux couloirs aussi sombres que les précédents et m'appuyai contre le mur, le souffle court et le cœur battant la chamade. J'avais chaud et je sentais mes muscles frissonner sans discontinuer. Rien à voir avec les sensations habituelles d'un rêve. D'autant que j'avais pleinement conscience de ce que je faisais et pensais... Mais ça n'était qu'un rêve, n'est-ce pas ? Un rêve particulièrement réaliste, mais un rêve tout de même... Je ne comprenais rien à ce qui m'arrivait, et j'ignorais où je me trouvais. L'incohérence totale de ce qui se passait – le plateau de tournage, cette fille qui ressemblait à quelqu’un de connu et cet endroit bizarre... – rien de tout cela n'était crédible. Mais ça ne me rassurait pas pour autant.

Il faisait tellement sombre que je ne voyais rien à dix pas. Les ombres qui émaillaient les couloirs plus ou moins régulièrement me donnaient l'impression de se mouvoir avec lenteur, comme des prédateurs tournant prudemment autour de leur proie. Je frissonnai. L'endroit était parcouru de courants d'air froid - j'avais failli oublier que nous étions en plein hiver ; apparemment, cela avait également un sens dans mes rêves. Les murs laissaient résonner l'écho de bruits légers dont la provenance restait impossible à déterminer pour moi. J'étais dans un lieu inconnu et, peu importe ce que j'en pensais, je ne pouvais m'empêcher d'avoir peur.

Si tout s'était précipité dès mon réveil, comme une mauvaise scène d'introduction pour un film de seconde zone, à présent j'avais tout le temps d'observer et d'analyser – ce qui n'était pas forcément positif. Je tardais à me réveiller ; et cette simple constatation suffisait à renforcer un début de panique. Ma vue commençait à s'habituer à la faible luminosité, et je distinguai vaguement les contours de grandes fenêtres en ogive et de portes en bois, de quelques socles servant probablement à porter des torches, aussi. De près ou de loin, cet endroit ressemblait à l'intérieur d'un château du Moyen-âge...

Ma respiration calmée, je rejoignis lentement le couloir aux fenêtres ; je dus m'appuyer au mur lorsque je regardai dehors : le sol, loin en contrebas, s'étendait en un vaste parc où l'on devinait la surface plane d'un immense lac et les ombres dansantes d'une forêt infinie. Je ne savais pas où j'étais – mais j'étais définitivement coupée du monde moderne ; en territoire inconnu.

Ou presque.

Tâchant d'ignorer l'imbécile de petite voix qui me chuchotait à l'oreille que je connaissais ce château glacé, je repris ma marche au hasard. Je voulais descendre et sortir dans le parc, au moins histoire de respirer l'air de l'extérieur, mais restait à trouver un escalier ; et la tâche me semblait d'autant moins aisée que, dans ma fuite éperdue pour fuir ce tableau de malheur, je n'en avais croisé aucun. Je gardai un contact constant avec la pierre humide des murs, dans le seul but de garder la dérisoire illusion que je n'étais pas totalement perdue ; j'avais le sentiment que, si je lâchais cette paroi suintante, je pouvais m'envoler – ou disparaître. C'était stupide ; mais j'étais de moins en moins à l'aise dans ce rêve qui s'éternisait un peu trop à mon goût.

J'aurais eu vite fait de me perdre – si ça n'avait pas déjà été le cas. Tout se ressemblait, du bois des portes aux pierres des murs, en passant par le décor qui, de l'autre côté des fenêtres, ne changeait guère. De toute façon, ignorant où j'étais et où j'allais – je n'avais après tout qu'une vague direction en tête, le bas – j'aurais pu me trouver au cœur même d'un labyrinthe monochrome que cela n'aurait rien changé à mon dilemme. Mais, en fin de compte, je ne faisais qu'attendre mon réveil. Après avoir erré un bon moment sans but, je finirais bien par revenir à la réalité, et toute cette histoire me ferait bien rire, et serait vite oubliée.

Encore fallait-il que je me réveille.

Je dénichai une espèce d'escalier étroit en spirale, que je me dépêchai d'emprunter, faisant de mon mieux pour ignorer sa raideur et le tournis qu'il n'allait pas manquer de me flanquer. En y allant en douceur, je pouvais facilement contrer les deux ; et je voulais avant tout rejoindre le plancher des vaches. La structure grinçait chaque fois que mon pied se posait sur une marche, j'évoluai plus lentement que prévu, craignant que tout ne s'effondre sous mon poids - je n'étais pas lourde, mais l'escalier gémissait si pitoyablement qu'il semblait sur le point de rendre l'âme.

Le plus surprenant fut le profond soupir de soulagement qui s'échappa de la structure lorsque je posai enfin le pied par terre ; j'en fus si surprise que mon cœur manqua un battement. L'escalier s'ébroua bruyamment et... se rendormit. Le souffle coupé par ce que je venais de voir, je reculai en vacillant – je rêvais, je rêvais, il ne pouvait en être autrement. Mais... depuis combien de temps rêvais-je encore ? Je fis brusquement demi-tour et repartit dans une course folle à travers les couloirs. Quelques voix se firent entendre, vagues échos de colère pétrie de sommeil, mais je n'en courais que plus vite, cédant à la panique.

Je sentais le froid de l'air ; je sentais le sol sous mes pieds ; je sentais mon cœur battre douloureusement dans ma poitrine, et mes poumons chercher avidement de l'air ; je sentais le goût du sang dans ma bouche, le point de côté qui vrillait mon flanc, les arrêtes des pierres mal taillées lorsque j'effleurais les murs... Je sentais tout cela avec tellement de réalisme que je commençais à me laisser gagner par le doute : rêvais-je vraiment ?

J'aurais pu appeler à l'aide ; j'étais tellement désemparée que la présence de n'importe qui, même de cette fille aux allures de jeune première, aurait été à même de m'apaiser. Mais, très franchement, dans les ténèbres d'un gigantesque et vieux château tel que celui-ci, je n'imaginais recevoir rien d'autre que des ennuis supplémentaires – je me laissai même aller à imaginer que la fille n'était rien d'autre qu'un fantôme, qui devait bien rire de ma mésaventure. Les armures tournaient la tête en grinçant sur mon passage ; les personnages des tapisseries chuchotaient entre eux tels des conspirateurs, me jetant le même regard réprobateur que la peinture, un peu plus tôt. N'importe quoi de plus dangereux pouvait se cacher ici.

Je trébuchai. Affalée au sol dans la semi-obscurité à peine percée par la lumière de la lune, je regardai anxieusement autour de moi, m'attendant à tout moment à voir débarquer je ne savais quelle créature monstrueuse, mais rien ne vint. Je me retranchai dans l'ombre d'une petite statue... avant que celle-ci ne tourne la tête et ne darde sur moi un regard creusé dans la pierre, vide et noir. Je m'en écartai vivement, à genoux sur le sol, puis me relevai et repartis en courant. Cette fois, ce n'était plus de la panique. J'avais dépassé tous les stades de la peur, et n'agissais plus que guidée par un instinct que je n'étais même pas sûre de pouvoir qualifier de conservation. Je ne trouvais pas la force de crier ; en fait, j'étais au-delà de tout.

Je voulais me cacher quelque part, et attendre le lever du jour, où toutes les peurs deviennent ridicules. Mais si l'on dit que les murs ont des oreilles, pour moi, ceux d'ici avaient des yeux, des milliers d'yeux rivés sur moi ; il m'était impossible de leur échapper – dès lors, impossible de me cacher. A l'extérieur... J'allais très probablement trouver d'autres dangers, dehors, mais il serait bien temps d'aviser ; et d'ici que j'y arrive, ce serait peut-être déjà l'aube. A défaut de me planquer comme la trouillarde que j'étais, il fallait que je reste en mouvement, quitte à m'épuiser totalement - je n'étais pas réputée pour mon endurance. Bien que je découvrisse malgré moi l'étonnante vérité de cette affirmation : la peur donne des ailes.

Essoufflée comme jamais, le cœur battant à tout rompre et à bout de forces, je courus plus que je ne m'en serais jamais cru capable. J'ignore combien de couloirs je franchis, combien d'escaliers je dévalai avant d'enfin arriver en vue des deux immenses portes qui, j'en étais sûre, donnaient sur le parc. Ce que je savais, c'est qu'elles étaient là, devant moi. Et que j'étais tout près de m'effondrer, éreintée. Je m'avançai pourtant jusqu'à elles et essayai en vain d'en ouvrir un battant. Contrairement à mes craintes, celui-ci s'ouvrit sans offrir trop de résistance, glissant dans un silence relatif vers l'extérieur.


Dernière édition par Loevi Leroy le Dim 29 Juin 2008 - 21:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyDim 29 Juin 2008 - 21:23

Un vent glacé m'accueillit, accompagné d'une voix aussi suave que narquoise.

-Te voilà enfin, je croyais que tu ne viendrais jamais.

Je laissai échapper un faible cri en sursautant une nouvelle fois.

A quelques pas de moi, nonchalamment adossé au mur, mains dans les poches, une espèce de jeune premier me fixait en souriant d'un air franchement amusé. J'eus un geste de recul – et une bouffée d'adrénaline. Il ne paraissait pas correspondre à l'idée que je m'étais faite des dangers qui m'attendaient ici – en vérité il avait plutôt l'air du secours providentiel que je n'espérais plus. Rêvais-je ou ne rêvais-je pas ? Je mis un moment avant de comprendre pourquoi son visage pourtant inconnu me semblait si familier. Et j'étouffai un second cri derrière mes mains.

Ce garçon n'avait pas seulement l'allure d'un jeune premier : c'est était un, un vrai. Mon dieu, je ne m'étais toujours pas réveillée, j'avais juste quitté le plateau de tournage pour me retrouver sur un autre, pour une scène bien différente.

Il s'écarta du mur d'un coup d'épaule et s'approcha de moi d'un pas de prédateur ; un chat devenu homme n'aurait pas eu plus d'élégance. Je devais avoir un air franchement ahuri, car il se mit à rire, avant de se pencher vers moi, me regardant par en-dessous.

-Eh bien alors, aurait-on perdu sa langue ? me nargua-t-il.

-N... non ! bredouillai-je.

Il me mettait mal à l'aise. Son rire résonna à nouveau. Ce n'était pas le rire tout juste vexant d'un ami qui se moquerait gentiment, non. Ce garçon se montrait ouvertement mesquin. Que lui avais-je donc fait ? Je ne le connaissais même pas. Il était peut-être le danger auquel je m'étais attendue – seulement il n'avait pas la forme que je lui avais imaginée. Finalement, c'était peut-être plus effrayant ainsi.

Je reculai d'un pas, il avança d'autant. Il était soudain devenu sérieux et ses yeux me dévisageaient avec une insistance dérangeante. Est-ce que je pouvais crier à l'aide, maintenant ? Non, j'aurais eu l'air infiniment plus ridicule que toute seule, perdue dans les couloirs. Et je n'étais pas sûre que quiconque puisse m'entendre, à part lui ; cela l'aurait sans aucun doute énormément amusé.

-Tout va bien, Andréa ? demanda-t-il, plissant les yeux d'un air... inquiet ?

Quoi ? Je ne comprenais rien à ce retournement de situation, mais j'avais tilté sur le nom qu'il m'avait donné – je me souvins vaguement que la fille, un peu plus tôt, m'avait très probablement donné le même. Un nom qui n'était pas le mien ; pas vraiment. Je commençais à comprendre – et je n'étais pas sûre d'apprécier la farce.

Je reculai jusqu'à me cogner le dos contre le battant de la porte. A cette distance, j'avais tout loisir d'étudier son visage, et j'eus la certitude que je ne m'étais pas trompée. Il avait beau paraître bien plus jeune, j'avais devant moi un Jonathan Brandis plus vrai que nature.

-On dirait que tu as peur... remarqua-t-il à voix basse.

Non, je n'avais pas peur. J’étais terrifiée. Toutes les pièces du puzzle se mettaient en place et formaient sous mes yeux un dessin hautement improbable – un schéma parfaitement impossible. Je devenais folle, il n'y avait pas d'autre explication.

-Il s'est passé quelque chose ? demanda-t-il.

Il s'approcha d'un pas, toute trace de sarcasme disparu de son visage. Je m'éloignai vivement.

-Ne m'approche pas ! m'écriai-je, sur la défensive.

Il s'arrêta, son expression trahissant l'incompréhension. Je n'en avais rien à faire. Qu'il reste où il était, le temps que je me réveille – mais je le savais, à présent : je ne me réveillerais pas. Parce que je ne dormais plus depuis longtemps. Tout ce que je vivais ici était réel ; aussi dément que cela puisse paraître. J'avais devant moi la réplique exacte de l'un des acteurs les plus craquants d'Hollywood ; je me trouvais sur le perron d'un château gigantissime dégorgeant de mystères et d'objets bizarres. J'avais atterri dans un autre monde, et pas n'importe lequel.

-Eh Andréa, ça va maintenant, tes âneries, s'emporta-t-il. Qu'est-ce que tu m'inventes, cette fois ? Tu arrives largement en retard, essoufflée comme si tu avais couru tout le château, et tu te payes le luxe de me faire une scène complètement absurde. Tu as fait un cauchemar ? Tu as décidé de voir à quel point tu pouvais te foutre de ma tête ?

Sa tirade me laissa totalement indifférente, tant je ne me sentais pas concernée par cette colère injustifiée. Il croisa les bras sur son torse et me toisa, le regard étincelant. Il était furax ; j'étais tétanisée.

-Ça n'a rien de drôle, reprit-il. Tu as déjà fait mieux que ça. A moins que la courageuse Gryffondor ait eu peur d'un... fantôme ?

La blague que je trouvais d'un goût douteux devait lui sembler hilarante ; ses lèvres s'étirèrent en un sourire carnassier qui me fit frémir. Il se fichait réellement de moi, je sentais son mépris avec tant de force que j'aurais presque pu le toucher. Eh... pourquoi tant de haine ?

-Je...

Tout allait de travers. J'étais perdue, et misérablement rejetée par la seule personne qui aurait pu m'aider à y voir un peu plus clair. Son sourire se fana légèrement, mais ma vue se brouilla en même temps. Mes tremblements s'intensifièrent tant et si bien que j'eus l'impression de tomber. Il se précipita vers moi – peut-être tombais-je vraiment.

-Andréa !

-Je ne m'appelle pas Andréa ! hurlai-je en me dégageant, titubant de quelques pas pour m'écarter de lui.

J'essuyai mes joues d'un geste rageur, me retenant d'une main contre la porte. Il avait repris son expression furieuse ; son regard noir était proprement terrifiant, même sur le visage de cet acteur pourtant extrêmement beau. J'ignorais ce qui le mettait autant en boule, mais j'avais visiblement dit quelque chose qu'il ne fallait pas.

-Ca suffit, Andréa. Sérieusement, ça suffit, gronda-t-il. Je ne sais pas ce que tu as, ce soir, mais je crois qu'on ferait mieux de s'en tenir là. Je n'apprécie pas beaucoup ton attitude.

Quoi ? Mais c'était lui qui me cherchait, depuis que j'étais arrivée ! Il se fichait de moi ?

-Et moi, c'est toi que je n'apprécie pas ! répliquai-je. Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu me veux ?

Il fronça les sourcils, sans me quitter de son regard noir.

-Ne te fiche pas de moi, Andréa, arrête ça tout de suite.

-Je t'ai déjà dit que je ne m'appelais pas Andréa ! Je m'appelle Alice ! Alice !

Mes paroles obtinrent enfin une réaction cohérente. Il écarquilla les yeux et me fixa comme s'il me voyait pour la première fois – ce qui, pour moi, était le cas.

-Et toi, ton nom ? continuai-je, la voix montant malgré moi dans les aigus ; je savais que je cédais à l'hystérie, mais j'étais incapable de me calmer. Tu ressembles à Jonathan Brandis mais tu n'es pas lui, qui es-tu ?

-Jesse Jasper, murmura-t-il, à peine audible.

Mon souffle se bloqua quelque part dans mes poumons ; il ne faisait que confirmer à haute voix les soupçons que j'essayais en vain d'étouffer depuis quelques minutes. Il grimaça devant mon air interloqué, comme s'il s'était attendu à quelque chose dans le genre.

-Tu mens, réussis-je enfin à dire, d'une voix étranglée, hideuse.

Oui, il s'y était attendu. Il marmonna un juron avant de soupirer profondément, les yeux fermés.

-Je suis Jesse Jasper, insista-t-il. Ou presque...

-Tu mens ! Tu mens ! Tu mens !

Je répétai cette phrase sans fin, comme pour m'en convaincre, même si je savais au fond de moi qu'il disait la vérité. Je n'avais plus conscience de rien ; la fatigue me rattrapait et m'abrutissait. En une seconde, Jesse Jasper, ou qui qu'il fût, avait pointé vers moi un fin bâton de bois et, presque immédiatement, je sombrai dans le néant.


Prologue
Fin

~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyDim 13 Juil 2008 - 18:13

~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~



Chapitre 1 : Poudlard

Finalement, j'avais rêvé.

Bizarrement, ce fut la première pensée que j'eus en me réveillant, ce matin-là. Après une bonne nuit de repos, cela m’apparaissait comme une évidence – en vérité, c’en était une. Sans compter mon ressenti instinctif - du genre qui réfléchit avant la connexion neuronale, s'entend – il y avait tout un tas de raisons qui prouvaient cette affirmation. Et à force d'y réfléchir, même encore à moitié bouffie de sommeil, je trouvais cette aventure de plus en plus amusante – un peu frustrée cependant qu'elle ne se soit pas avérée une réalité, et ce malgré les réactions que j'avais eues durant son déroulement.

Je savais d'où me venaient toutes ces images et ces bizarreries ; pour faire simple, Jesse Jasper et Andréa Shahn étaient tous deux des personnages créés spécifiquement pour un forum de jeu de rôle autour de l'univers de Harry Potter – explication plutôt pompeuse pour un passe-temps des plus agréables. Ce que je venais de voir n'était rien d'autre que l'un des rêves que je m'étais inventés suite à mon inscription sur ce forum : prendre, le temps d'en rire, la place de mon propre personnage et vivre la vie que je lui avais imaginée, rencontrer les autres personnages, et autres stupidités du même acabit.

J'avais donc rencontré Jonathan Brandis, ou du moins sa représentation en jeu ; même dans un rêve, il n'en était pas moins Jesse Jasper, et non l'acteur qui l'incarnait. Je souris – mon inconscient avait beau être responsable de cette vision merveilleuse, j'estimais qu'il était infiniment plus mignon en "vrai". Pensée idiote s'il en fut.

D'une certaine façon, je m'en voulais un peu d'avoir réagi aussi excessivement : après tout, n'était-ce pas quelque chose que j'avais eu envie de vivre, même si cela se révélait entièrement illusoire ? J'avais couru en tous sens comme une imbécile, prenant peur de tout et refusant d'admettre où je me trouvais, au lieu de profiter pleinement de cette fausse chance ; mais c'était tout à fait mon genre. J'avais manqué ma chance : parvenir à prendre Jesse Jasper à revers était l'un de mes plus grands espoirs car, bien malgré moi, ce personnage avait toujours l'ascendant sur ma pauvre Andréa. Dans un univers entièrement recréé par moi, j'aurais pu le battre à son propre jeu ; mais là encore, il était sorti grand vainqueur du tournoi.

C'était le seul point vraiment dérangeant de l'affaire ; et pas des moindres.

-Allez, debout, fainéante !

La voix, sensiblement moqueuse, m'arracha à mes souvenirs gênants. Je m'étirai lentement en gémissant, paupières toujours fermées, et répliquai quelque chose que je ne compris pas moi-même. Sans doute une réflexion telle qu'un traditionnel "Méééé..."

-Eh ! répliqua la voix. Ce n'est pas moi qui planifie des rendez-vous avec Jasper à deux heures du matin...

-Ce n'est pas moi ! répondis-je aussitôt, avant de me figer.

Minute, elle avait bien parlé de Jesse Jasper, là ? D'où ma mère connaissait-elle Jasper ? Non, d'où ma mère avait-elle cette voix ? Prudemment, j'ouvris un œil, m'attendant au pire. Et c'était bien le pire qui m'attendait. Je n'avais pas rêvé ; et cette fois c'était une certitude inébranlable.

Entre les épais baldaquins rouges qui encadraient un lit drapé de rouge et or, j'apercevais la même fille que la veille, vêtue d'une ample robe noire – comme celles de Harry Potter, ne pus-je m'empêcher de penser – qu'elle finissait de boutonner. Comme dans un état second, je me redressai, repoussant les couvertures à mes pieds, et écartai un peu plus le baldaquin. Je me trouvais dans une salle parfaitement circulaire, où s’alignaient quatre autres lits identiques au mien. Les dortoirs des filles de Gryffondor. J'en restai muette de saisissement.

Ça semblait complètement dingue, et pourtant j'étais là, assise sur un lit digne des films de la série, à regarder une bande de jeunes filles ressemblant toutes à des mannequins en train de s'habiller de robes de sorcier, jacassant entre elles avec un entrain démesuré. Maman, appelle l'asile, vite...

-Qu'est-ce que tu fiches ? insista la fille.

Comment diable ne l'avais-je pas reconnue plus tôt ? Kristin Kreuk me fixait d'un regard rieur, comme si mon comportement était tout ce qu'il y avait de plus drôle – peut-être même pouvais-je y déceler une pointe de malice, comme si elle se doutait de quelque chose que j'ignorais. Et en fait, c'était sûrement vrai.

Gênée, ne sachant trop quoi faire, je refermai brusquement le rideau. J'entendis une porte s'ouvrir et le bavardage des filles s'éloigna. Je devinai que Kristin – était-il possible qu'elle fut Lanah Blue, un autre personnage du forum ? – et moi étions seules dans la pièce.

-Habille-toi vite, me dit-elle. Je t'attends en bas.

Son ton laissait supposer qu'elle m'attendait pour une autre raison que simplement aller déjeuner avec moi. C'était elle qui m'avait réveillée au beau milieu de la nuit ; elle devait vouloir savoir ce qui s'était passé... Bonne question. Que s'était-il passé, au juste ?

Tout en espérant que ma prétendue amie m'attende dans la Salle Commune plutôt que dans la Grande Salle – et j'y pensais avec autant de naturel ? – je quittai lentement mon lit, m'assurant que j'étais bel et bien seule – j'allais me ridiculiser très vite, autant que personne n'assiste à ma misérable recherche de mes vêtements et de la salle de bain. Je n'eus pas à chercher loin : ma robe de sorcier – non mais quelle blague ! – m'attendait bien gentiment sur le dossier d'une chaise. Je m'en emparais vivement et me dirigeai à grands pas vers une porte entrouverte, qui s'avéra – alléluia – être la salle de bain.

Je jetai un rapide coup d'œil au miroir... et bondis en hurlant, effrayée par l'image qu'il me renvoyait. C'était quoi cette beauté blonde qui me fixait d'un air terrorisé ?! Il me fallut un moment pour me rendre compte qu'il s'agissait de moi – d'Andréa Shahn, incarnée par nulle autre qu’Emilie de Ravin. Il m'en fallut un plus long pour réussir à calmer les battements frénétiques de mon cœur et ma respiration saccadée. C'était moi ; rien que moi. Et j'étais Andréa Shahn. J'étais aussi Emilie de Ravin, pour ma peine. C'était n'importe quoi.

Ayant repris mes esprits – ou presque, je devenais dingue, de toute façon – je m'approchai lentement du miroir et effleurai mon reflet du bout des doigts. C'était mon reflet. Je l'observai indéfiniment, admirant chaque détail de son visage, de sa peau, de ses mains... tout. Mon dieu, après avoir été dans la peau de cette beauté, je n'allais plus jamais pouvoir me regarder dans une glace.

-Ahaha ! On se trouve belle, ce matin ? ricana une voix.

Je bondis derechef, paniquée. D'où venait cette voix ? Du... miroir ? Les yeux écarquillés d'horreur, je me précipitai hors de la salle de bain et revêtis en vitesse mes vêtements dans le dortoir lui-même, puis je me ruai sur l'escalier que je dévalai d'une traite. Essoufflée, je m'arrêtai sur le palier, appuyée contre la rambarde. La petite brune m'attendait bel et bien en bas ; elle me regardait comme si j'étais une extraterrestre – ce n'était pas si loin de la vérité. Je devais avoir l'air d'une vraie folle à ses yeux. Pas plus qu'aux miens, ceci dit.

-Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda-t-elle. Où est ton sac ? Ta baguette ?

Je délirais. Sans un mot, je fis demi-tour et remontai les marches d'un pas pesant. C'était la quatrième dimension. J'entrai dans le dortoir et me dirigeai vers mon lit – lequel c'était, déjà ? La baguette était placée bien en évidence sur une table de chevet ; un sac à dos d'un rouge pétant était posé contre ladite table. J'avais complètement perdu la tête. Et Lanah Blue m'attendait dans la Salle Commune des Gryffondor pour aller prendre le petit-déjeuner dans la Grande Salle au plafond-ciel, où elle me demanderait les détails de mon rendez-vous nocturne avec Jesse Jasper. On m'avait droguée à quoi ?

Lorsque je rejoignis Kristin-Lanah, j'étais déjà plus tranquille. Je ne savais pas si j'avais décidé de jouer le jeu mais, en tout cas, j'avais décidé de tirer les choses au clair. Il était impensable que ce fut une mise en scène montée par je ne savais qui. D'une part, Kristin, et la plupart de ceux que je croisai en descendant dans le Hall, avaient l'air beaucoup plus jeune que leur âge actuel ; même avec le meilleur maquillage du monde, on n'aurait pu me tromper de cette façon. D'autre part, l'acteur incarnant Jesse, Jonathan Brandis, était décédé quelques années plus tôt... Ces deux faits avérés me prouvaient à eux seuls que quelque chose ne tournait pas vraiment rond, par ici. Je devais en avoir le cœur net.

Avec ma robe, mon sac et ma baguette, je me sentais complètement déplacée dans ce décor de vieux château – mille ans, me rappelai-je. Je ne devais pourtant pas avoir l'air bien différente de ce qu'Andréa était d'ordinaire ; peut-être juste un peu ébahie devant ce que je voyais, à la façon des touristes - en plus effrayé. J'évoluais au cœur de la jet set ; un sentiment grisant tout autant que dérangeant. Je n'avais jamais vu une telle concentration de personnes aussi belles ni aussi connues, c'en était déstabilisant. Et dire que j'étais comme eux ! Je devais réfréner mon envie de fuir cet endroit ou du moins, de me cacher derrière Lanah. Andréa était du genre conquérante – si je voulais me fondre dans la masse, je ne devais pas la jouer Poufsouffle première année.

Curieuse façon de se faire ignorer que de montrer sa prétendue supériorité. Je me traitai mentalement de triple buse pour avoir osé créer un personnage pareil. Enfin... l'écrire était une chose, le vivre en était une autre, et j'adorais mon personnage – à l'époque où je n'étais pas elle, s'entend. Quoique, il fallait l'avouer, je n'avais sûrement encore rien vu. Je ne savais pas à quoi m'attendre, mais à mon avis, ça allait être la fête. Ce forum, déjà, c'était un repère de dingues prêts à tout pour mettre un bazar monstrueux autour d'eux – personnages et joueurs confondus. Je n'étais pas sortie de l'auberge.
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyDim 13 Juil 2008 - 18:13

Je crus défaillir en franchissant les portes de la Grande Salle. Prendre sur moi pour ne pas contempler le plafond ou les élèves comme une gosse émerveillée – tout autant que terrifiée – me coûta des trésors de volonté et de concentration, et je fis mine de savoir où j'allais, suivant attentivement Lanah. Cette masse de robes noires, d'éclats de voix et de visages célèbres me perturbait plus que je ne l'aurais cru. Je ne me sentais pas à ma place. Rectification : je n'étais pas à ma place.

Je m'assis face à Lanah ; ce que je regrettai aussitôt. Voir Kristin Kreuk avec ce genre de regard rivé sur moi n'était pas pour me mettre à l'aise. Je baissai les yeux sur la table et écarquillai furtivement les yeux en voyant le choix qui s'offrait à moi. A défaut de m'amuser, j'allais me régaler.

-Alors ? dit-elle enfin, sur le ton de la confidence. Comment ça s'est passé ?

J'hésitai. Que devais-je raconter ? Je n'avais pas envie d'expliquer la vérité – que je n'étais pas Andréa mais sa créatrice, par exemple – il était déjà trop tard pour ça, et elle m'aurait surtout ri au nez. Ce qui me laissait peu de choix. Je mordis dans un croissant pour me laisser du temps.

-Mal, finis-je par dire, la langue pâteuse.

-Tu m'avais juré que tu avais une idée du tonnerre, cette fois, bouda-t-elle.

-Oui, je sais. Désolée, ça n'a pas marché.

-Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? insista-t-elle.

-Il s'est encore fichu de moi, éludai-je en priant pour ne pas me tromper de discussion.

Il m'était difficile de paraître naturelle devant le sosie d'une si belle actrice, mais garder le regard fixé sur le plat de croissants m'aidait beaucoup à me concentrer sur mes réflexions. J'allais avoir énormément de mal, si la situation devait s'éterniser. Ce que je n'espérais pas. Je ne savais pas du tout comment me comporter avec les gens qui m'entouraient, et je prenais soudain conscience que je ne connaissais pas tous les détails de la vie d'Andréa – qui avait décidé de ce genre de rendez-vous nocturne, d'abord ? Jamais nous n'avions évoqué une telle possibilité, avec Alex, le joueur de Jesse. Les paroles de Lanah me laissaient penser que c'était devenu une habitude... Je n'étais pas au courant de ça !

Et mon malaise s'accentuait. J'avais beau me répéter que je ne rêvais pas, que j'avais pris la place de mon personnage, je n'arrivais pas à me faire à cette idée. Tout me paraissait trop étrange, et tellement loin de ma vie ordinaire que je me sentais perdre pied. Comment diable pouvais-je discuter avec Kristin Kreuk aussi calmement ?

-Bon sang, Andréa, tu es une Gryffondor ou une espèce de larve jaune ? Même les Poufsouffle ont plus de bagout que toi.

-Merci, bougonnai-je, inexplicablement vexée.

Je tenais plus de la Poufsouffle que de la Gryffondor, en vérité, mais ça, personne ne le savait.

-Enfin quoi ? Tu vas te laisser bouffer par lui ?

-Certainement pas.

Les mots me venaient facilement, je répondais presque sans y penser ; l'esprit ailleurs, je tentais de jouer une comédie dont la seule actrice aurait été moi. Il me suffisait de me concentrer sur mes questions, et sur les croissants, pour oublier que je ne parlais pas à une de mes vraies amies. Je savais que ce serait moins simple lorsque je verrais à nouveau le visage angélique de la miss Kreuk, ou de n'importe qui d'autre, aussi je comptais bien profiter de la diversion.

Je savais quelles relations j'étais censée avoir avec Lanah et Jesse. Lanah était la meilleure amie d'Andréa, sa confidente, et sa partenaire dans leurs innombrables frasques contre les Serpentard – et en particulier Jesse Jasper et sa vile petite amie. Les deux doigts de la main. Avec Jesse, en revanche, c'était tout l'inverse. Andréa et lui se haïssaient avec tant de force qu'ils n'avaient de cesse de tenter de se détruire par tous les moyens – en y repensant, sa réaction de la veille avait été bien trop généreuse à mon égard.

C'était dingue. Penser aux événements de la veille avec un tel détachement... ça me dépassait.

Quoi qu'il en soit, malgré tout ce que je savais, il me semblait clair à présent que ce n'était pas suffisant. J'ignorais tout de ces rencontres nocturnes, aussi je ne pouvais pas contenter la curiosité de Lanah avec quelques inventions bien calculées ; j'ignorais aussi l'impact que mes mensonges passagers pourraient avoir sur les personnages qui m'entouraient – quoique je tenais là une belle occasion de venger Andréa de Jesse... si j'avais su comment m'y prendre. J'avais beau avoir créé Andréa Shahn, à la minute, ça ne m'aidait pas tellement.

-Andréa ? Andréa ?

-Hein ?

Je répondais plus aisément au nom d'Alice que d'Andréa, surtout quand je réfléchissais. On ne m'appelait Andréa que sur internet, après tout. J'avais dans l'idée qu'il allait me falloir m'y habituer.

-Tu n'es pas très bavarde, ce matin...

-Ah, désolée, je n'ai pas trop envie d'en parler.

-Voilà qui ne te ressemble pas.

Savait-elle ce qui me ressemblait, au moins ? Je décidai de garder mes sarcasmes pour moi ; je n'étais pas assez à l'aise avec elle pour me laisser aller au naturel en sa présence, surtout que mon naturel n'était pas celui auquel elle devait être habituée. Je ne savais pas quoi répondre, et éviter de la regarder constituait un combat de chaque instant. C'était l'enfer.

-C'était vraiment si affreux ? demanda-t-elle finalement à voix basse, l'air inquiet.

"Tu n'imagines pas" faillis-je lui dire. Mais là encore je ruinais une réputation ; dans le cas présent, la mienne - d'accord, celle d'Andréa. Et je ne savais même pas de quel genre de rendez-vous il était question. Je commençais à prendre peur. Andréa et Jesse, une relation secrète ? Eh ! j'étais la première concernée et je n'étais pas au courant ? Il allait falloir que je parle à Alex... mais je n'avais que son personnage à disposition, et lui ne me serait d'aucune aide ; à moins d'accepter de perdre la face devant lui – une habitude d'Andréa que je ne comptais pas laisser en l'état.

L'idée d'une relation secrète ne tenait pas la route. En fait, aucune théorie ne tenait la route. A quoi rimait la rencontre de cette nuit, alors ? Je devais l'avouer, mon imagination était figée, je ne trouvais rien. Et je n'osais pas poser la question à Lanah ; elle m'aurait probablement juste regardée de travers. Elle n'aurait sans doute pas eu tort.

Je relevai prudemment les yeux ; manque de chance, je tournais le dos à la table des Serpentard. A celle des Serdaigle, cependant, une Jennifer Garner miniature m'adressa de grands gestes de la main.

~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~


D'un côté, j'avais hâte d'assister à un cours de magie de Poudlard ; d'un autre côté, j'étais terrifiée.

Un univers entier s'ouvrait à moi et, contrairement à tout ce que j'avais imaginé, j'avais l'impression que je n'étais pas capable d'en saisir toute l'ampleur. J'étais devenue une petite poussière ballotée par le vent ; voilà qui aurait fait sourire Alex. J'essayai de me convaincre que je pouvais manipuler la magie ; en vain. Une petite voix au fond de moi ne cessait de répéter que celle qui savait maîtriser la magie, c'était Andréa, pas moi. Et que non, ça n'était pas du pareil au même. Comme pour confirmer ces paroles, il me fallait admettre que je n'avais aucune idée de la teneur des cours ; j'étais dans de sales draps.

Je restais collée à Lanah Blue bien malgré moi ; parce qu'elle était là depuis mon réveil, j'en avais fait mon seul vrai repère. Je refusais d'en faire autant avec Jesse Jasper, cela aurait été renier tout ce que j'avais construit autour d'Andréa.

Un sosie de Sean Faris m'adressa un salut de la tête ; je lui répondis, plus par politesse que par réelle envie de lui dire bonjour. Je ne connaissais pas bien le personnage. Je l'avais croisé au détour d'un sujet assez peu intéressant et m'en étais détournée pour me consacrer à la haine de Jasper. Mes priorités n'étaient peut-être pas celles d'Andréa... En tout cas, celles de Faris m'apparaissaient assez clairement : il avait des vues sur mon personnage.

Je m'étonnai de la facilité déconcertante avec laquelle j'étais parvenue à cette conclusion. D'ordinaire, je méditais durant des heures pour parvenir à trancher que non, définitivement non, je n'intéressais pas le garçon en question ; pour le cas où je me rendais compte d'un quelconque comportement possiblement suspect, ce qui arrivait fort rarement. Que je puisse affirmer avec certitude que Christopher Ryan – puisque tel était son nom – était attiré par moi, ou plutôt Andréa, me rendait perplexe.

Mais ce qui me rendait plus perplexe encore, c'était l'aisance avec laquelle je réussissais à faire la distinction entre ce que j'étais et ce qu'était Andréa, à appréhender mon environnement comme celui d'Andréa et non le mien. Ça ne devenait difficile que lorsque les regards se braquaient sur moi, ou lorsque Kristin Kreuk me parlait. Parce que, malgré tout, je n'étais pas Andréa. J'avais du mal à penser et agir comme elle, mais pour eux, je n'étais personne d'autre. Et ça, c'était vraiment bizarre à vivre.
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyDim 13 Juil 2008 - 18:14

Une grande silhouette entièrement vêtue de noire – évidemment – remonta le couloir d'un pas si assuré qu'il claquait fermement dans l'air, se répercutant en échos secs entre les murs du couloir. J'eus un hoquet de stupeur en reconnaissant l'individu : un Allan Rickman mal vieilli à la mine plus patibulaire que jamais ; un professeur Rogue au meilleur de sa forme. Heureusement, personne ne fit attention à moi ; toutes les têtes se tournèrent vers lui et une sorte de léger brouhaha s'éleva en fond sonore. Allan Rickman s'arrêta devant nous et nous toisa de toute sa hauteur, l'air revêche et méprisant.

-Qu'est-ce que vous avez à ricaner de la sorte, bande d'étudiants larvaires ? lança-t-il d'un ton sifflant. Dépêchez-vous de rentrer ! Qu'attendez-vous, que le château vous tombe sur la tête ?

Dans toute sa splendeur.

La troupe d'élèves, toutes Maisons confondues d'après les blasons que je remarquai sur leurs robes, s'engouffra en piaillant joyeusement dans la salle – rien à voir avec les livres de Rowling, ici ; on voyait tout de suite l'influence de la folie RPGiste. Lanah les suivit et je lui emboitai le pas, peu désireuse de me faire remarquer par ce professeur que je savais joué par un dingue : Rogue était parfois bien pire sur ce forum que dans les livres. Comme d'un fait exprès, Lanah alla promptement s'installer au tout premier rang – j'avais oublié depuis longtemps cette étonnante particularité, qui avait pourtant valu à Andréa quelques ennuis. On ne fait pas taire une Gryffondor comme elle.

A contrecœur, je m'assis à côté d'elle, non sans pousser un profond soupir. J'essayai de me rappeler de la façon dont Andréa vivait les cours de Rogue – Défense contre les Forces du Mal, ici en tout cas – mais j'avais assisté à trop peu de cours sur le forum, et j'avais arrêté de les suivre depuis si longtemps que rien ne me revint. Et, cette fois encore, je me faisais l'effet d'une folle, à réfléchir calmement à ce genre de détail.

-Miss Shahn, voudriez-vous nous faire partager vos passionnantes réflexions ? s'enquit d'une voix doucereuse le sombre professeur, brusquement surgi devant moi.

Je sursautai, surprise de voir le visage de Rickman si près du mien ; ses pupilles noires me fixaient avec insistance, sans ciller. Je m'empourprai violemment. J'entendais les rires d'élèves, dans un coin de la salle – des Serpentard, à n'en pas douter – le visage du professeur lui-même s'étira d'un sourire sarcastique alors que je bégayai des paroles incompréhensibles. Je devais avoir l'air ridicule.

-Où sont vos affaires ? ajouta-t-il, plus mielleux encore.

-Je... Je les sors tout de suite, monsieur...

Les pouffements redoublèrent ; je croisai brièvement le regard circonspect de Kristin Kreuk en ouvrant précipitamment mon sac à dos et frémis en fouillant fébrilement à l'intérieur : c'était fait, je venais de ruiner la réputation d'Andréa. J'oubliai pourtant bien vite ce détail alors que je cherchais en vain le livre du cours présent – clairement absent. Et soudain, je compris que je ne savais pas du tout quel genre d'affaires je devais avoir sur ma table. Je jetai un coup d'œil anxieux autour de moi ; très peu avaient l'air de se soucier des colères légendaires de Severus Rogue – version forum, il n'avait pas le même ascendant sur ces élèves extrêmement dissipés.

Pas qu'il ne soit pas intimidant, bien au contraire. Mais les joueurs avaient tendance à plus parier sur leur capacité à ruiner un cours que sur le charisme intraitable du prof – je n'échappai moi-même pas à la règle. Il n'y avait pas à y redire : entre voir la scène à travers un texte et la vivre, il y avait un monde. Et ce Rogue-ci me tétanisait littéralement.

En désespoir de cause, j'extirpai un vieux bout de parchemin et une plume abîmée et les posai bien en évidence devant moi – je me serais crue au Moyen-âge, et je devais me concentrer pour m'empêcher de penser que c'était en quelque sorte le cas. Ou pas. Je ne savais plus vraiment, et en fait je m'en fichais bien. La seule chose sûre, c'est que je n'étais pas chez moi.

-Bien, maintenant que tout le monde a sorti ses affaires (je notai avec agacement que j'étais quasiment la seule à l'avoir fait) nous allons pouvoir commencer, susurra Rogue.

Bein voyons.

J'eus tout le loisir durant ce cours de constater à quel point un cours construit par forum différait d'un cours ordinaire. On avait déjà cette impression en lisant les différents messages des joueurs concernés, mais c'était nettement plus visible ici. Lorsque j'avais compris où j'avais atterri, je m'étais attendue à ce que les événements, du moins les cours, correspondent un peu plus à ce qu'ils auraient dû être si tout ceci avait eu une dose de réalité. Or ce que j'avais sous les yeux reflétait parfaitement – quoique en bien pire – l'ambiance générale du forum. Il fallait le dire, ce cours ne ressemblait à rien. Mais je n'allais pas le crier sur les toits.

Rogue émaillait joyeusement son discours de pointes d'ironie mordante et de termes inexistants, dans l'indifférence la plus totale. Parfois, un imbécile levait la main – ou pas – et déclamait une réponse tout aussi stupide, déclenchant au choix rires ou applaudissements à la fois moqueurs et envieux – n'est pas un génie qui veut. Ou un fou. De temps à autres, Rogue me lançait quelques remarques salées mais, devant mon manque de réaction – j'entends par là autre qu'un rougissement spontané et un vague bégaiement d'excuse – il finit par se lasser et me laissa tranquille. N'était pas non plus Gryffondor qui voulait.

J'étais la risée des Verts, cependant, et je présageais déjà qu'ils attendaient leur heure pour fondre sur moi comme des vautours sur leur proie. En l'espace de quelques minutes, j'avais changé Andréa la Rouge pour une pâle copie Jaunâtre... Il n'en fallait pas plus pour avoir honte de moi. Etre Poufsouffle ne me dérangeait pas ; devoir supporter d'être vue comme une Gryffondor déchue ne me faisait pas vraiment le même effet. En prime, j'allais sûrement devoir subir un interrogatoire serré de miss Blue.

A la fin de l'heure, pour laquelle j'allais sans doute écoper d'une note minable pour mon lamentable RP, j'hésitai entre sortir la première pour éviter de croiser une énième fois le regard inquisiteur d'Allan Rickman et prendre mon temps afin de ne pas devoir attendre Kristin sous les huées des Vert et Argent. Je n'aurais jamais cru me trouver un jour face à un tel dilemme – face à une situation aussi surréaliste non plus, ma foi. Mais j'ignorais où devait se tenir le cours suivant et mon amie actrice ne semblait pas pressée de sortir. En fait, elle semblait passablement frustrée.

-Brillant, comme interventions, souffla-t-elle lorsqu'il n'y eut plus grand monde pour écouter. Si tu comptes te convertir en Poufsouffle, tu prends le bon chemin.

-Merci, bougonnai-je une nouvelle fois.

Elle détestait les Poufsouffle ou quoi ? Vexée, j'attrapai mon sac et sortis sans l'attendre. Elle me suivit rapidement, continuant à critiquer mon attitude ; je l'écoutai à peine. Je continuais à réfléchir à toute vitesse : si je voulais paraître normale, il fallait que je me fasse remarquer. Je détestais déjà l'idée.

-C'est par là, me dit soudain Kristin en me tirant en arrière.

-Ah, fis-je seulement.

Je me demandai avec anxiété ce que me réservait le cours suivant – je ne pouvais décemment pas croire que rien de pire que Rogue ne m'attendait. J'aurais pu, si j'avais intégré les livres, ce qui n'était manifestement pas le cas. Serions-nous encore avec des élèves des autres Maisons ? D'autres niveaux ? Je n'avais pas pris garde à ce dernier point jusqu'à présent, parce que mélanger des élèves de niveaux différents n'avait bien sûr rien d'habituel dans une école classique – en dehors de quelques cas particulier en élémentaire, bien entendu – mais ici, la question méritait d'être posée.

-Mais où as-tu la tête, aujourd'hui ? soupira Lanah, blasée.

-Désolée d'avoir mal dormi, répondis-je aussitôt.

-La faute à qui ?

J'étais en cinquième année – tout juste. Quinze ans et quelques toutes petites poussières – j'étais née en été. Ok, Andréa était née en été. Bon sang, j'avais fait un sacré bond dans le temps : l'adolescence et ses crises irraisonnées était loin derrière moi – sans doute pour ça que personne ici ne semblait en pleine crise boutonneuse du "moi je suis anarchiste je fous tout en l'air na". Je devrais penser à leur faire le coup, un jour...

Mais pour l'heure, j'avais d'autres chats à fouetter – "dragons" aurait sûrement été mieux approprié. Si le cours de Défense ne s'était somme toute pas si mal déroulé – ça aurait pu être infiniment pire – j'ignorais totalement s'il en irait de même pour les autres ; de même que j'ignorais si j'allais parvenir à maintenir bien longtemps l'illusion que j'étais Andréa. A mon humble avis, je ne devais pas trop compter sur ce dernier point – j'avais créé un personnage bien trop différent de moi, et j’étais trop mauvaise comédienne. Si encore j'avais eu quelqu'un avec moi, quelqu'un qui se trouverait dans la même situation... Mais s'il était impossible que je sois là, il l'était encore plus que je ne sois pas la seule.

Mauvaise direction. Un intense sentiment de solitude mêlé de déboussolement s'empara de moi, me paralysant presque sur place. Je secouai la tête, cherchant à me débarrasser de ces pensées ; en aucune manière je ne devais me laisser envahir par la peur. Quitte à nier la réalité, je préférais me créer l'illusion que j'allais bien, que je n'avais aucune raison de paniquer.

Je faillis hurler de rire en découvrant mon cours suivant – je me retins de justesse. Un Hagrid plus débraillé que jamais flanqué d'une espèce de grand chien efflanqué et tenant en laisse une espèce de kiwi géant tout rose, pourvu de pattes de canard à la Donald et d'une queue d'ornithorynque. Sans oublier la petite plume symbolique rose bonbon au bout de ses moignons d'ailes. Si la première créature se trouvait être l'inévitable Crockdur – dans l'imagination du joueur de Hagrid, cette bête avait quelque chose de profondément flippant – j'avais des doutes sur l'identité de la seconde.

Dites-moi pas... que nous allions étudier ce machin ?

L'animal piaillait avec la voix d'une môme de deux ans, visiblement aussi ravi d'être là que Hagrid pouvait l'être de nous le montrer. Stupéfiant.

Certains n'essayaient pas de rester aussi discrets que moi, notamment les Serpentard – encore eux – qui s'esclaffaient sans retenue. Heureusement – je commençais à parler comme Harry, moi... – le géant ne semblait pas le prendre mal : il souriait de toutes ses dents.

-Bien, bien, tout le monde est là ? commença-t-il. Asseyez-vous, asseyez-vous, ajouta-t-il en désignant la pelouse avec de grands gestes.

J'obéis en me demandant intérieurement combien de temps allait durer cette mascarade, le regard rivé sur la créature complètement surréaliste qui nous fixait de son regard étrangement globuleux. Encore une fois, c'était la quatrième dimension.

-Deux heures... soupira Kristin Kreuk.

Au temps pour moi.

Chapitre 1
Fin

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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyVen 29 Aoû 2008 - 14:23

~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~



Chapitre 2 : Hagrid contre-attaque

-Voici un spécimen très rare de Kambouy vert du désert, déclara pour seul préambule Hagrid, tout fier de lui.

En fait de cambouis vert – pour autant que le cambouis fusse vert... – allais-je oser rappeler que la bestiole concernée était d’un rose prononcé ? Autour de moi, quelques éclats de rire moqueurs fusèrent de nouveau ; tandis que les daltoniens se jetaient des regards perplexes en essayant vainement de comprendre où se trouvait la blague.

-Il est autorisé par le Ministère ? s’exclama un élève, hilare.

Je le voyais venir gros comme une maison : j’allais devoir supporter un remake des pires cours du professeur Hagrid. Etait-ce juste une impression ou, pour cette fois particulière, tout le monde manquait cruellement d’imagination ? J’espérais que ça n’allait pas durer, ne serait-ce que pour mes nerfs – je l’espérais le temps qu’il me fallut pour comprendre que, parodie sans surprise ou aventure épique, mes nerfs allaient de toute façon en prendre un coup. Je n’avais qu’une hâte : que ce cours finisse. Non, mieux : que cette journée finisse. Je n’étais pas assez folle pour me laisser aller à croire que cette histoire se terminerait facilement.

J’aurais aimé.

Je passai mes bras autour de mes jambes et, menton posé sur les genoux, attendis la suite. Comme au cours précédent, je n’avais pas très envie de me faire remarquer, même si je savais que j’aurais dû. Je voulais juste observer, pour mieux appréhender ensuite l’univers dans lequel j’allais devoir évoluer. La bonne excuse… En vérité, j’étais juste morte de frousse.

-Bouy-Bouy est tout à fait inoffensif, contra Hagrid.

Je fus incapable de me retenir : comme beaucoup d’autres, j’explosai d’un rire particulièrement irrépressible. Bouy-Bouy ! J’aurais tout entendu !

-Inoffensif comme un hippogriffe ?

Je m’arrêtai net de rire, stupéfaite. Pas à cause de ce que je venais d’entendre, non. C’était… moi, qui venais de parler. J'avais eu du mal à reconnaître la voix, mais c'était bel et bien... moi. Kristin Kreuk étouffa un pouffement derrière sa main, et Hagrid me gratifia d’un regard noir proprement terrifiant. J’étais atterrée. C’était pas possible ça, je ne pouvais pas me taire ? Autour, ça continuait à rire, apparemment ravi de ma prestation. Moi, j’avais envie de jouer les autruches – si plonger la tête dans le sol n’était pas très efficace pour se planquer, ça aurait au moins eu le mérite de me boucher les yeux et les oreilles. Je virai au rouge tomate.

-Parfaitement, répliqua le géant, vexé. Bouy-Bouy ferait pas de mal à une mouche, hein mon Boubou ?

Et de lui administrer une monstrueuse claque sur le dos pour appuyer ses dires. L’animal bondit en piaillant comme un dégénéré et pour toute récompense de cette marque brûlante d’affection, offrit au professeur de Soins une profusion hallucinante de coups de bec dans la main. Aïe aïe aïe euh… sans moi. Le bec de cette bestiole ressemblait à une aiguille géante et Hagrid s’était mis à saigner abondamment ; ce qui n’avait pas l’air d’inquiéter grand monde, à commencer par le blessé lui-même qui projeta sur l’assistance une pluie de goutte de sang en agitant ses grosses mains.

-Vous voyez ?

Je voyais, ouais. Ça pour voir, je voyais, parfaitement. Je me sentais surtout écœurée, nauséeuse, et vraiment paniquée. Je voulais revoir la normalité. Pitié.

Je m’attendais à ce que ce gros bonhomme décide de me désigner comme volontaire au suicide – aller caresser cette bestiole infernale… il fallait forcément qu’il y en ait un qui passe à la trappe. Et autant que possible, quelqu’un qui ne soit pas moi. Je crispai mes bras autour de mes jambes, attendant la sentence ; vu comme j’avais hérissé monsieur, aucun doute qu’il m’envoie à l’échafaud à la place de n’importe qui d’autre. Et en effet…

-Un volontaire pour le caresser ?

Je l’aurais parié.

Les élèves se regardèrent, l’air aussi flippés que si leur mère leur demandait d’aller acheter du pain au coin de la rue – perspective hautement effrayante pour le sorcier moyen pour qui le pain sort de la baguette magique. Tout le monde ne voit pas ses bananes au bout d’un bananier. Je me recroquevillai dans le vain espoir de passer inaperçue – mais il semblait tenir à son volontaire volontaire et n’essaya pas de désigner quelqu’un d’office. Pour l’instant.

Un garçon téméraire – ou suicidaire – se leva enfin, hésitant, et s’avança sous les applaudissements – ou les huées ? – jusqu’à un Hagrid très fier. J’avais presque envie de le plaindre. Presque, parce que cette fois au moins, je n’allais pas être au centre de l’attention. Et je n’allais pas risquer l’infirmerie. Alléluia ; si je pouvais, je l’éviterais à jamais, celle-là. Hm. On pouvait toujours espérer. Le Gryffondor – puisque c’en était un, et une belle tranche, en plus – afficha un sourire confiant quoiqu’un peu tremblant, et nous adressa un signe de la main bravache. Je soupirai ; oui, cette fois, franchement, je n’avais plus envie de le plaindre.

Hagrid l’invita à s’approcher de Bouy-Bouy – quelle idée – et j’observai avec attention, la main prête à dissimuler mes yeux, m’attendant déjà au pire. Il n’y avait vraiment que sur un forum qu’on pouvait croiser des inconscients pareils, j’en étais certaine. N’importe quel adolescent normalement constitué, élève d’une école de magie ou non, reculerait devant une créature pareille. Mais ce garçon avançait avec une frayeur de façade ; on sentait l’assurance du joueur planqué derrière son clavier et son écran. Il comptait finir à l’infirmerie, pour y aller avec autant d’insouciance ? En tout cas pour moi, c’était clair : il allait y gagner un aller simple, et en quelques minutes à peine. Je voyais déjà les Serpentard rire sous cape, attendant le moment où leur rival se prendrait un bon coup de bec – ou de patte palmée, pour ce que j’en savais.

Je l’avais dit, un mauvais remake.

L’humain et la bête se fixèrent droit dans les yeux durant dix bonnes minutes ; rien que ça. L’attention commençait à se relâcher et des semblants d’intrigues se renouaient dans mon dos quand quelque chose se passa enfin – si on peut appeler ça quelque chose. Le kiwi géant pencha brusquement la tête sur le côté, et le garçon suivit le mouvement avant d’étouffer un rire. Et rebelote. Deux fois, trois fois, quatre, cinq, jusqu’à ce que l’un des deux en ait marre. Et celui qui se lassa le plus vite ne fut bien sûr pas cet imbécile d’étudiant incapable de frémir devant le sang dégoutant toujours du bec de l’oiseau.

Tout se passa en un éclair. Je n’eus pas le temps de voir venir ; et je n’étais certainement pas préparée au réflexe mordant qui me propulsa instantanément vers le danger. Avant même que le bec de l’animal ait atteint le Gryffondor en mal de sensations fortes, je l’avais violemment percuté, l’envoyant rouler au sol, avant de retomber brutalement à sa suite. Aïe. Ce fut la douleur à l’épaule qui me fit prendre conscience de ce que je venais de faire – ou presque. Parce que le bec rougi du zozio s’abattit à ce moment-là à deux centimètres de mon visage. Gloups.

Je me redressai vivement et m’écartai autant que je pus, à quatre pattes dans l’herbe. Mais…. Dans quel pétrin je m’étais fourrée ?! La bestiole me courait après sur ses grosses pattes palmées en émaillant sa course de grands coups de tête dans ma direction ; on aurait dit un vélociraptor en pleine chasse, ce qui n’avait rien de rassurant, de mon point de vue. J’étais obligée de slalomer pour lui échapper au milieu des cris de mes camarades – voilà qu’ils prenaient enfin peur, pas trop tôt. Hagrid exhortait au calme ; mais le calme était bien à des lieues de mes considérations actuelles.

J’allais même pas survivre à ma première journée !

Les élèves commençaient à s'enfuir devant la furie du bouiboui – enfin une réaction sensée – et je glissai sur l'herbe en tentant de les imiter ; détaler le plus loin possible de la corrida semblait une bonne idée. Mais si tous pouvaient s'en aller sans rien craindre d'autre qu'une accélération significative du pouls, il n'en allait pas de même pour moi : j'étais la cible privilégiée du kiwi qui, avec une masse pareille, perdit lui aussi le contrôle sur le sol humide et me fit l'immense honneur d'une collision fracassante. Je terminai ma fuite à plat ventre par terre, le souffle coupé.

Re-gloups. Je n'avais pas repris mes esprits qu'un nouveau trou avait été perforé tout près de ma tête. C'était pas le moment de rêvasser ! Je me tournai sur le côté, à temps pour éviter le retour du poinçonneur fou ; j'avais l'impression de virer folle furieuse, cette fois. Et personne ne faisait rien pour m'aider : les élèves me laissaient tomber et le prof ne faisait que hurler "Pas de panique ! Pas de panique !" comme si quelqu'un allait l'écouter. J'entendis un piaillement énervé percer mes tympans alors que j'entrevoyais la tête de l'oiseau en périphérie de mon champ de vision ; là, j'étais mal. Je me recroquevillai et attendis, résignée, le coup fatal. Ca allait faire mal, très mal.

Mais rien ne vint.

La bestiole s'était arrêtée de brailler et n'émettait plus que quelques couinements étonnés ; mais rien, pas de douleur. Lentement, j'écartai mes bras de mon visage et levai la tête vers l'animal. Le spectacle qui s'offrit à moi me laissa bouche bée : Bouy-Bouy le cambouis flottait tranquillement à un bon mètre du sol, tournant la tête de tous côtés comme pour juger de l'incongruité de sa nouvelle situation – ça n'avait pas l'air de l'effrayer ni de l'énerver, loin de là. Il battit de ses plumes symboliques, pour la forme, et lâcha un énième couac. Ma parole, il était tout juste intrigué.

Je me décalai vivement, de peur qu'il ne me retombe dessus, et dérapai sur l'herbe pour me relever lorsque j'estimai me trouver suffisamment loin. Je n'avais pas quitté l'animal des yeux – je voulais le garder en vue, histoire d'être sûre qu'il n'allait pas me sauter dessus sans prévenir. Mais la situation semblait parfaitement sous contrôle et je me décidai enfin à savoir à qui je devais ce miracle : à quelques mètres de moi, Lanah Blue brandissait une baguette magique avec un calme olympien, un sourire amusé sur le visage. Je fermai les yeux et soupirai. Je ne savais plus vraiment comment j'étais censée réagir devant toutes ces bizarreries.

-Ça va ? me demanda quelqu'un.

Je relevai la tête vers la figure rougeaude du professeur Hagrid, visiblement très inquiet. Alors lui, c'était définitif, je ne lui ferais jamais confiance.

-Bien sûr que non ! répliquai-je sèchement.

-Mais tu n'es pas blessée ?

-C'est pas à vous que je le dois.

Le géant accusa le coup ; mais je ne lui laissai pas le temps de répondre.

-nom d'une Goule mais vous voulez nous tuer ou quoi ? C'est quoi cet oiseau de malheur ? Un nouvel instrument de torture ?

-Mais il s'agit d'une variété inoffensive de Kambouy, le Kambouy vert du dés...

-Il est rouge, votre bouiboui vert, rouge, nom d'une fesse de troll !

-Mais non ! s'insurgea Hagrid.

Je l'aurais insulté qu'il n'aurait certainement pas réagi différemment.

-Mais oh que si ! Ah j'ai compris, vert je passe et rouge je trépasse, c'est ça ? Vous êtes daltonien, vous aussi ? Faut vous recycler, vieux, les créatures magiques, ça vous réussit pas ! Si vous êtes pas foutu de différencier un Boudiou rouge d'un vert, vous êtes définitivement pas fait pour ce boulot !

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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyVen 29 Aoû 2008 - 14:24

J'étais tellement enragée que j'aurais pu continuer sur ma lancée pendant des heures, mais Lanah – qui avait obligeamment reposé l'animal dans un enclos – s'était portée à la rescousse du pauvre professeur. Ma foi, je n'allais pas l'en blâmer ; je devais donner l'impression d'être prête à le frapper – quoique ça n'aurait probablement fait mal qu'au sablier rouge. Chancelante et éberluée par ma propre crise de colère – s'emporter contre un professeur, a-t-on idée... – je m'étais laissée traîner jusqu'à l'infirmerie par une actrice pseudo-Gryffondorienne très attentionnée ; j'étais bonne pour une petite visite magico-médicale – j'en frémissais d'avance.

L'adrénaline était vite retombée et, complètement sous le choc, je devais m'appuyer contre Kristin pour ne pas tomber ; c'était tout juste si mes jambes acceptaient encore de me porter. La fille se retenait de rire mais quelques pouffements lui échappaient comme si mon aventure constituait son meilleur divertissement de la journée – c'était peut-être le cas. Le plus surprenant dans l'affaire, c'était qu'elle ne me réprimandait même pas pour avoir engueulé un professeur. Je l'avais déjà dit : ici, c'était le monde à l'envers.

-Eh bien, tu as l'air sacrément secouée, me taquina-t-elle. Le Kambouy vert, pourtant, c'était de la rigolade.

Le monde à l'envers.

-Il était rouge, le cambouis.

-Oui, oui.

Ça n'avait pas l'air de changer grand chose à son point de vue. Andréa était une kamikaze, ok. Ça paraissait un fait bien établi, par ici...

Elle toqua à une porte et entra sans attendre de réponse ; je pensai à peine à m'étonner d'un tel sans gêne. L'infirmerie, très grande – en tout cas plus que celles de toutes les écoles dans lesquelles j'avais pu aller – n'avait aucune odeur particulière. Ou peut-être celle, acidulée, des bonbons. Rien à voir avec les relents nauséeux de produits pharmaceutiques qu'on pouvait trouver d'ordinaire dans ce genre d'endroit. Ça n'avait l'air de rien ; mais ça rendait la pièce plus agréable.

-Ah ! Bein voyons, s'exclama une voix grave. C'est pour quoi, cette fois ?

Je tournai la tête vers une porte située sur le côté pour voir apparaître... Giles. Bienvenue à Sunnydale, le royaume de Buffy et ses vampires. J'eus un choc. J'avais failli l'oublier, lui. Il avait débarqué au beau milieu de l'été après qu'on ait manqué d'infirmier pendant des mois, le précédent titulaire ayant disparu du jour au lendemain. Je ne savais pas encore trop ce que valait le nouveau, mais sa fiche de personnage laissait entendre qu'il se préparait à nous en faire voir de toutes les couleurs. Je soupçonnais vaguement un administrateur d'être à l'origine de ce personnage rocambolesque.

-Une attaque de Kambouy, répondit Kristin avec toujours son sourire en coin.

-Kambouy vert ?

-C'est ce qu'il dit.

-Il était rose bonbon, bougonnai-je.

-Ah, je vois, fut tout ce que trouva à dire l'infirmier.

Il s'approcha tandis que ma camarade me faisait asseoir sur un lit sans prendre la peine d'écouter mes protestations.

-Tu m'as l'air toute pâle, ma pauvre, déclara-t-il.

-On le serait à moins, marmonnai-je dans ma barbe.

Il se mit à rire.

-C'est quelque chose, ces Kambouy rouges des montagnes, hein ? plaisanta-t-il joyeusement. Rien à voir avec tes petits adversaires habituels.

J'acquiesçai distraitement d'un signe de tête ; je voulais juste sortir d'ici et qu'on me laisse tranquille. Cette épique aventure avec l'oiseau rose m'avait chamboulé l'esprit et je commençais tout juste à saisir l'ampleur de ce qui m'arrivait ; cédant à une peur rétrospective, je tremblais de plus en plus.

-Eh bien, c'est bien la première fois que je te vois aussi mal en point après une mauvaise rencontre qui ne soit pas Serpentard, remarqua-t-il.

Il me tint fermement l'épaule et posa la main sur mon front, en fronçant des sourcils comme s'il décelait les symptômes d'un mal incurable. Il était tellement près de moi que je me sentais mal à l'aise ; je tenais à mon espace vital, moi. Il me lâcha enfin et saisit mon poignet droit, avec toujours cette poigne affolante, pour prendre mon pouls. Puis il sortit une petite fiole d'une de ses poches et me la tendit. Enfin quoi, j'étais juste un peu choquée, rien de grave. L'oiseau ne m'avait pas amochée, je n'étais pas non plus tombée dans les pommes... et à ses yeux j'étais sûrement la fille la plus casse-cou de l'école. Alors pourquoi tant de précautions ?

-Je vais bien, grognai-je sans déboucher la fiole.

Décidément, je parlais beaucoup, aujourd'hui. Je m'étonnais toujours de l'aisance avec laquelle je répondais à ces créatures d'un autre monde – traîner avec des acteurs, des chanteurs et j'en passe, ça n'avait rien de commun avec mon morne quotidien. A mon avis, je ne devais pas vraiment réaliser ce que je vivais ; quand bien même cette attaque d'animal magico-impossible m'avait tourneboulée, je n'en restais pas moins complètement étrangère à tout ça. Mon corps traitait la peur que je ne ressentais pas encore très bien, mais mon esprit avait décidé que tout ça était parfaitement stupide – et ça l'était – et, de fait, j'avais de plus en plus le sentiment de vivre tout ça en spectatrice.

Ça n'arrivait pas à moi, c'était impossible.

En fait, je ne savais plus où j’en étais. C'était ça, la vérité. Que je réalise ou non, je n'en savais rien. Si ma présence ici était déjà suffisante pour me faire perdre le fil, être entourée de célébrités et manquer de se faire tuer par un kiwi géant avait achevé de me perturber. J'agissais par réflexe ; c'était la seule dont j'étais à peu près sûre. Et le comportement qui en résultait ne me ressemblait pas ; ça aussi, je le sentais.

-Bois ça, insista l'infirmier à lunettes avec un air trop sérieux qui me rappelait vaguement les sermons qu'il servait à Buffy. On dirait une première année qui a croisé son premier dragon.

J'obtempérai en bougonnant ; cette fois, j'avais vraiment l'impression d'être devenue la chasseuse de vampires. Il était temps que je me reprenne.

-Je vais retourner en cours, déclara soudainement la jeune fille qui m'accompagnait – Lanah Blue, Lanah Blue, ne cessai-je de me répéter en fixant Kristin Kreuk d'un regard inquisiteur.

-Tu as raison, lança l'infirmier d'un ton faussement réprobateur. Tu devrais déjà être dehors. Allez allez, ouste de là, déguerpis.

-J'y vais aussi, déclarai-je en me levant.

-T-t-t, pas toi, ma petite, toi tu restes et tu te reposes.

-Mais...

-Pas de mais. Tu voudrais vraiment aller en cours dans cet état ?

Il n'avait pas tort.

-J'y vais, intervint Lanah.

Elle me sourit et me fit un petit signe de la main avant de sortir de la pièce. Je n'en étais pas sûre, mais il m'avait semblé l'entendre rire en passant la porte.

Je me retrouvai donc toute seule avec le bibliothécaire – non, l'infirmier – qui me reluquait à présent avec un air entendu. D'un coup, je ne savais pas pourquoi, j'avais un mauvais pressentiment.

-Bien, cette fois, je vais prendre ma revanche, ma petite, s'exclama-t-il en se frottant les mains avec un ravissement inquiétant.

-Euh...

-Bouge pas de là, je reviens, dit-il en s'éloignant vers la porte qui menait très probablement à son bureau et/ou ses appartements. Je n'ai toujours pas digéré l'humiliation que tu m'as infligée la dernière fois, continua-t-il une fois disparu de mon champ de vision, parlant plus fort pour que sa voix me parvienne de l'autre pièce. Et j'ai bien l'intention de me rattraper aujourd'hui.

J'envisageais très sérieusement de m'enfuir lorsqu'il revint en portant une petite boîte en bois. Intriguée, je restai assise sur le lit à fixer l'objet sans comprendre. L'acteur prit une chaise au passage et l'installa près de mon lit, avant de s'y asseoir à califourchon et de poser la boîte sur les draps, à côté de moi.

-J'ai juré de me venger, déclara-t-il en couvant la boîte d'un regard très très très gourmand. Tu vas sentir ta douleur.

-Ah... fut tout ce que je trouvai à dire.

Il ouvrit son petit trésor et déballa... un jeu d'échecs.

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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyVen 29 Aoû 2008 - 14:24

-Ah ! m'exclamai-je pour la énième fois, une heure et des moutons de poussière plus tard, lorsque son cavalier assomma violemment mon fou.

Je regardai avec une résignation blasée ma pièce vaciller dans un sens, se rattraper, vaciller encore, faire quelques allers et retours en battant tragiquement des bras, puis s'effondrer sur le dos, bras en croix, dans un geste purement théâtral. Mon fou était... fou. Cela faisait bien cinq ou six fois qu'il se prenait des coups, mais il n'avait pas varié une seule fois son petit spectacle. Heureusement que son comparse avait plus d'imagination ; bien qu'en contrepartie, il soit également d’un naturel plus contrariant.

J'avais décidé de ne pas me focaliser sur l'étrangeté de la scène. Moi jouant à un jeu d'échecs, d'une part. C'était assez rare pour être remarquable. Mais moi jouant à un jeu d'échecs version sorcier, c'était le summum, la jolie cerise sur un gâteau déjà bien conséquent. J'avais la sensation qu'après aujourd'hui, je ne m'étonnerais jamais plus de rien.

-Ha ha ! s'écria l'infirmier sorcier, ravi. Je vais t'avoir, ma petite, je vais t'avoir ! Ça fait combien, aujourd'hui ?

-Trop pour que je compte, soupirai-je.

Je détestais les échecs. On comprenait bien vite pourquoi en me regardant jouer.

-Eh bien eh bien, je t'ai connue plus combative.

Par vengeance personnelle contre le sort, j'avais fait d'Andréa une petite championne d'échecs sorciers, respectée même par les pièces les plus récalcitrantes. En passant, celles-ci n'avaient pas mis longtemps à critiquer la moindre de mes décisions.

-Pas mon jour, répliquai-je sombrement – impossible d'avouer que j'étais la reine des perdantes, en vérité.

-Bah, tu auras ta revanche, dit-il distraitement en me prenant mon roi. Y'a des jours avec et des jours sans... et aujourd'hui c'est mon jour de gloire ! conclut-il en levant les poings en un V grandiloquent. Victoire !

C'était moi ou il avait un terrible accent écossais ? Eh... comment je pouvais savoir ça, moi ? J'étais loin de savoir à quoi pouvait bien ressembler l'accent d'un écossais parlant anglais. Minute, je parlais anglais, là ? Une cloche sonna, envahissant l'infirmerie d'un faible son étouffé. L'infirmier referma brusquement la boîte de son jeu que je ne l'avais pas vu ranger et se releva prestement.

-Déjà ? fit-il, l'air surpris. Il serait temps que tu y ailles, c'est l'heure du déjeuner.

Une heure et d'énormes poussières, en effet. Je quittai le lit, les jambes ankylosées de n'avoir pas bougé pendant si longtemps, et me dirigeai vers la porte. J'allais sortir en lui souhaitant une bonne journée mais il me coupa avant même que je n'ouvre la bouche.

-Tu me battras la prochaine fois !

Il avait l'air profondément ravi. Je ne pus m'empêcher de lui sourire avant de sortir. J'avais eu un peu peur en arrivant là mais, finalement, ce bonhomme était plutôt sympathique. Et à en juger par ce que je venais de vivre, il avait l'air de très bien s'entendre avec Andréa. Et elle, de finir ici plus souvent qu'à son tour, comme qui dirait. Ils ne pouvaient se connaître que depuis la rentrée, après tout. Ce qui faisait... aucune idée. Deux mois selon mes calculs, mais je me basais sur mon RP, et je ne savais pas du tout à quelle date j'avais atterri, dans ce monde. Ma foi, avec ce froid de canard, on pouvait déduire que l'hiver était toujours là.

Une question m'assaillit tandis que je fermai la porte derrière moi et je m'immobilisai net, la main toujours sur la poignée. Zut alors ! C'était quoi son nom, déjà ?! Je laissai échapper un petit rire nerveux – c'était vraiment n'importe quoi, cette histoire. Je venais de passer plus de deux heures à jouer aux échecs avec un acteur américain et je n'étais pas fichue de trouver le nom du personnage qu'il incarnait ici – malgré lui, ceci dit. J'allais sans doute frôler la migraine un bon nombre de fois, ici.

-Tiens tiens tiens, si ce n'est pas Shahn l'héroïne de Gryffondor...

Les crises cardiaques aussi.

Je me tournai vivement vers l'intrus, la main sur le cœur, croyant avoir déjà passé l'arme à gauche. Je reçus un nouveau choc en croisant le regard de Jonathan Brandis. Non, je ne m'y ferais jamais. Si j'avais le malheur, ne serait-ce qu'une seconde, de relâcher mon attention, et d'oublier où je me trouvais, alors croiser des visages comme celui-ci ne manquerait pas de me choquer à chaque fois. Le fait que j'aie été fan de cet acteur en particulier, étant gamine, n'arrangeait pas vraiment ma situation.

Et cette fois encore, il fallait que j'agisse comme si j'étais Andréa. Mais, là tout de suite, j'avais complètement oublié ce détail.

Le sourire narquois de Jonathan s'affaissa lentement et il me fixa d'un regard sombre, sévère. Il semblait soudain me fixer avec trop d'attention pour que je me sente à l'aise. Quoi ? J'avais un affreux bouton sur le visage ? J'étais moche ? S'il n'appréciait pas de me voir, il n'avait qu'à passer son chemin, je ne lui avais rien demandé, moi. Et le silence s'éternisait.

-Tu m'as fait peur, bredouillai-je.

-Hmpf.

Il enfonça ses mains dans ses poches et détourna la tête en haussant les épaules. Je me demandai un court instant si je l'avais vexé. Un court instant seulement, avant de me rappeler qui il était censé être. Jesse Jasper, Serpentard de son état et surtout, surtout, le pire ennemi d'Andréa Shahn – c'est à dire de moi-même. Celui-là même qui s'était ouvertement moqué de moi la veille ; de moi et de mon déboussolement total. Mon dieu, pourvu qu'il ne se souvienne pas de ce que j'avais dit la veille... Autant demander au soleil de ne pas se lever.

-Que fais-tu ici ?

Je n'avais pas vraiment pensé à poser la question. Mais à présent que c'était fait, sa présence ici m'apparaissait comme bizarre. En fait, il n'avait aucune raison d'être ici ; il n'avait l'air ni blessé ni malade. Un ricanement me répondit, et j'eus droit à un nouveau sourire narquois.

-J'avais entendu dire qu'une Gryffondor blonde comme ses pieds avait tenu tête à un dangereux Kambouy, j'étais venu voir à quoi elle ressemblait, railla-t-il. Dommage, elle a l'air en bon état pour une écervelée attaquant sans baguette...

-Désolée d'être blonde comme mes pieds, répliquai-je, piquée au vif.

Eh ! Depuis quand j'étais blonde ? Je jetai un rapide coup d'œil à mes longues boucles et tressaillis. Comment pouvais-je oublier la nouvelle couleur de mes cheveux alors qu'ils n'arrêtaient pas de me voler autour du visage ? J'avais décidément trop d'autres choses à penser.

Jonathan-Jesse perdit une nouvelle fois son sourire. Il avait l'air très lunatique, aujourd'hui ; et son comportement commençait à m'inquiéter. Je ne comprenais pas bien ce qui semblait le gêner autant. D'accord, j'agissais un peu bizarrement aujourd'hui, et il devait encore avoir en tête notre rencontre de la veille mais... Cela suffisait à justifier cette lueur de méfiance qui s'était allumée au fond de ses yeux ?

-Et alors ? Pourquoi tu ne t'es pas servie de ta baguette ? demanda-t-il finalement, la voix pleine de soupçons.

Je pouvais lui répondre que j'avais oublié l’existence de ces choses ésotériques ?

-J'avais envie de défouler mes poings, comme je n'avais pas ta tête à disposition, rétorquai-je sans même prendre le temps d'y réfléchir.

C'était moi ou mes réflexes devenaient fulgurants ? Je n'étais pourtant pas réputée pour mes réparties cinglantes – au contraire d'Andréa... J'avais la désagréable impression que mes paroles dépassaient largement ma pensée ; et je n'avais aucun contrôle. Il renifla de mépris. Je me mordis la lèvre, attendant la suite. Jesse ne manquerait pas de contre-attaquer et, perdue comme je l'étais, je n'étais pas sûre de pouvoir supporter une joute verbale.

-Sérieusement ? insista-t-il cependant.

Je haussai les épaules, gênée. Que pouvais-je répondre, sincèrement ? Je n'avais plus du tout l'intention d'essayer de lui dire la vérité – après tout, il était mon ennemi, ici. Quant à mentir... je n'arrivais à imaginer aucune raison valable au fait que je me sois attaquée à une créature magique sans baguette... comportement suicidaire pour le sorcier moyen, il fallait l'avouer.

Son sourire refit surface ; ses changements d'humeur à répétition commençaient à sérieusement me taper sur le système. Il fallait se décider : soit il voulait se payer ma tête, soit il voulait me frapper, mais pas les deux.

-Je vois, toujours aussi tête brûlée, commenta-t-il. Tu finiras par te faire tuer avant même de t'en rendre compte...

Il sembla prêt à ajouter quelque chose mais il se contenta de hausser les sourcils. Etait-ce l'expression de peur fugace qui s'était très certainement inscrite sur mon visage qui l'avait stoppé dans son élan ? Je n'avais pu m'empêcher de frissonner à l'idée que l'animal que j'avais croisé aujourd'hui n'était sans doute que le haut de l'iceberg – le début de mes malheurs. Il était facile d'oublier que l'endroit était dangereux. Chez Rowling, tout un chacun pouvait frôler la mort à chaque cours, dans chaque couloir.

Surtout, ne jamais penser à ça.

-Je t'enverrai un faire-part pour mon enterrement... répondis-je d'une voix blanche, à peine consciente de ce que je disais.

-Tu es sûre que ça va ? demanda-t-il, soupçonneux. Tu es bizarre depuis hier...

Aïe...

-On a pas le droit d'être fatigué, dans ce monde ? répliquai-je.

-Etre fatiguée ne t’empêche visiblement pas de vouloir jouer les héroïnes… ni de me faire des blagues d’un goût douteux.

-Navrée que mes blagues ne te plaisent pas. Mais je te rassure, elles ne me plaisent pas plus qu’à toi… ajoutai-je, trop bas pour qu’il puisse m’entendre. Maintenant, si tu veux bien, j’ai autrement plus intéressant que de discuter avec toi.

Kristin Kreuk – Lanah Blue – venait d’apparaître au bout du couloir et m’adressait de grands signes de la main. Même si je ne me sentais pas très à l’aise en sa présence, ça serait toujours mieux que de devoir donner la réplique à Jonathan Brandis – ou quel que soit son nom. D’autant que le bonhomme semblait plus difficile à rouler dans la farine que la soit disant amie d’Andréa. Je m’éloignai de lui sans ajouter un mot, tâchant de ne même pas lui accorder un regard supplémentaire. Difficile quand la personne à ignorer s’appelait Jesse Jasper, s’autoproclamait prince de Serpentard, et avait le visage d’un apollon.

-Oui, bien sûr, poupée, railla-t-il. Va donc t’amuser avec la jolie Lana, sans h…

Je stoppai net, interdite. Je n’étais pas sûre d’avoir bien saisi l’allusion… ou peut-être que si. Un souffle près de mon oreille me fit frémir et j’entendis Jesse dire :

-Profite bien de ta nouvelle vie, Alice

Et il repartit, adressant à Kristin un large sourire satisfait en passant devant elle. J’étais pétrifiée. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Je n’étais pas sûre de savoir ; mais une chose était sûre : ce Jesse Jasper, je le haïssais déjà.

Chapitre 2
Fin

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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyMar 16 Sep 2008 - 18:35

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Chapitre 3 : Libéralisation

J'étais en colère. Pire, j'étais furieuse. Ce Jesse Jasper se foutait de moi ; pour aller plus loin, c'était carrément son joueur qui se payait ma tête. Ses allusions anti-RP m'avaient mise hors de moi. J'avais envie de le frapper – mais le beau visage de Brandis s'était esquivé avec tant d'adresse que je n'avais ressenti cette furieuse envie de le défigurer qu'après qu'il ait disparu de mon champ de vision. Dire que j'étais frustrée était à des lieues de la réalité. J'étais vraiment verte de rage.

Sans mauvais jeu de mots.

Pour ne rien arranger, Lanah semblait avoir décidé de se lancer dans un récit complet des heures ennuyeuses qu'elle venait de passer sans moi – à croire que j'étais la seule à pouvoir égayer son grisâtre quotidien. J'eus droit à un compte rendu détaillé de chaque geste de tout un chacun, le tout ponctué de critiques aussi acerbes que fréquentes. Il ne me fallut pas deux minutes pour ressentir le besoin pressant de la faire taire, une bonne dizaine pour me calmer, et à peine plus pour commencer à l'ignorer ; son babillage ne fut bientôt plus pour moi qu'un fond sonore titillant tout juste mon oreille et se perdit dans le brouhaha joyeux qui nous accueillit à l'entrée de la Grande Salle. Ce que ça pouvait être bruyant, des mômes...

Comme le matin, je la suivis jusqu'à la table dont je n'avais pas mémorisé l'emplacement – fait remarquable lorsqu'on savait qu'il n'y avait que quatre tables alignées dans la largeur de la salle... Je l'écoutais pérorer d'une oreille distraite, toute à ma colère. J'oubliai même de regarder le plafond ou de m'émerveiller – ou sursauter – devant les manifestations magiques qui se produisaient de manière éparse un peu partout autour de moi. Je pignochai dans mon assiette en tournant et retournant dans ma tête les énigmatiques paroles de Jesse ; qui voulaient tout dire et ne rien dire en même temps. Plus je réfléchissais, plus ma colère s'estompait, au profit d'une incompréhension totale : où avait-il voulu en venir ?

Avait-il compris le sens de tout ça ? Comment l'aurait-il pu ? Seul Alex en aurait été capable, mais je le voyais mal jouer de cette façon ; me faire croire qu'il avait conscience qu'il avait affaire non pas au perso mais au joueur. Raaa je m'embrouillais l'esprit plus qu'autre chose. Au final, ça restait un "joueur contre joueur", que j'aie pris ou non la place de mon personnage. Comment quiconque pourrait-il se douter de ça ? Au pire, ils devaient juste penser que je jouais bizarrement, et... Non, décidément, je n'arrivais pas à ordonner correctement ma réflexion. Je ne faisais que m'emmêler les pinceaux dès que j'essayais de comprendre.

Aaaaah mais est-ce qu'il y avait une logique à tout ce bordel ?!

Il fallut que je croise le regard terriblement séduisant de Jonathan Brandis ; séduisant mais ô combien moqueur en cet instant. Plus que devant l'infirmerie ou même la veille, à l'entrée du château, il semblait s'amuser de ma déconvenue. C'était une chose de lire qu'il haïssait Andréa – c'était tout autre chose de le vivre. Je distinguai dans ses yeux une lueur de cruauté que je ne devais pas à mon imagination. Je le savais : dès qu'il en aurait l'occasion, il tenterait de me réduire à néant. Et je n'étais pas aussi forte qu'Andréa...

L'irritation revint en force dès cet instant. C'était bien la première fois que je reprochais à Alex son personnage trop arrogant et calculateur ; et surtout sa haine. Si ça m'amusait en tant que joueuse, ça m'agaçait prodigieusement maintenant que c'était à moi de subir son indomptable courroux. Ses lèvres s'étirèrent en un rictus dérangeant et il leva son verre dans ma direction comme pour me porter un toast ; il réfrénait une forte envie de rire.

J'entrai dans une fureur noire. "Profite bien de ta nouvelle vie", c'était bien ce qu'il avait dit, non ? Eh bien soit, il allait voir ce qu'il allait voir. J'esquissai un vague sourire en coin en plissant les paupières ; Jesse Jasper ne se doutait pas encore de ce que j'étais capable de faire. Andréa était certes réputée pour être une fille au tempérament intenable – ce n'était rien comparé à ce que pouvait préparer une fille au caractère Poufsoufflien réprimé et aux nerfs à vif. Il faut se méfier de l'eau qui dort.

Je finis docilement mon assiette, revigorée par un soupçon d'impatience. Qu'on me donne l'occasion de lui faire regretter ses paroles, et je n'hésiterai pas. Je levai mon verre à mon tour, histoire de lui signifier que j'acceptais le défi. Et dans un geste parfaitement synchrone, nous vidâmes nos gobelets. On ne voyait ça que dans les films... mais qu'est-ce que c'était beau. Sourire carnassier des deux côtés de la salle, et nous quittâmes nos tables respectives, toujours dans un ensemble surprenant.

-Où tu vas ? questionna Lanah, s'arrêtant en plein milieu de son imposant monologue.

-J'ai fini de manger, répondis-je. Qu'est-ce que tu fiches ? T'as même pas commencé.

-Tu exagères, riposta-t-elle.

-Tu parles trop, répliquai-je aussi sec.

-Eh !

Je laissai Lanah s'étouffer d'indignation et traversai la salle d'un pas vif, sans m'occuper des quelques "Andréa !" qui fusèrent sur mon passage. Tant qu'à m'amuser, je savais déjà ce que j'avais envie de faire : j'étais là par je ne savais quel miracle, autant en profiter, et j'avais toujours rêvé de visiter le parc de Poudlard. Fallait-il être fou pour aller s'enfermer dans une salle de classe avec des professeurs au moins aussi farfelus que leurs élèves alors que tous les secrets du château s'offraient à ma curiosité... Je risquai d'avoir les profs sur le dos, ceci dit. Bah, il était inutile de s'en faire.

Je croisai le chemin de Jesse aux portes de la salle.

-Bien mangé ?

Sa voix était pleine de sarcasme.

-J'aurais bien grignoté du serpent grillé.

La mienne, ouvertement moqueuse. Je lui adressai un sourire ravi et, sans attendre de réponse, pris la direction de la porte menant au parc – enfin, de ce que j'imaginais être la porte menant au parc. Jesse ne me laissa pas faire trois pas que sa main se refermait déjà sur mon bras.

-Où tu crois aller, comme ça ? Le cours, c'est par là.

-Et qui te dis que j'ai pas cours de Botanique ?

-Mon emploi du temps.

-Hein ?

Il me jeta un regard noir et m'entraîna sans ménagement à sa suite. Je le suivis sans rien dire, les yeux rivés sur sa nuque, trop étonnée par son comportement pour penser à dire quoi que se soit. Quelle que soit la façon dont je regardais les choses, le Jesse Jasper que j'avais sous les yeux n'avait pas le même comportement que celui que j'avais pu observer sur le forum. Et, quelque part, cette différence me mettait mal à l'aise. A quoi ça rimait si je ne pouvais même pas me baser sur mes pauvres connaissances des personnages ?

Ok, d'accord, à part certains d'entre eux, je n'étais pas ce qu'on pouvait appeler une incollable des personnalités du forum, loin s'en fallait. Mais Jesse, lui, je l'avais suivi avec une attention telle que je pouvais me targuer de le cerner... avant de me trouver face à lui. Je commençais à douter de moi : l'avais-je si bien compris ?

-Ça t'ennuierait de m'expliquer ? lâchai-je enfin.

-Nous avons cours ensemble, les cinquième et sixième années, tu as oublié ?

Ah, comment dire... Avais-je le droit de lui dire que je n'en savais strictement rien ? Ça ne lui aurait certainement pas convenu, comme réponse.

-Et alors ? grognai-je. J'avais envie de prendre l'air. Pourquoi tu m'en empêches ?

-J'aimerais juste que tu évites de te faire remarquer.

-Et puis quoi encore ? Depuis quand tu te préoccupes que je me fasse remarquer ou non ?

Il s'arrêta et se retourna, vrillant sur moi un regard plus sombre que jamais. Je n'aurais jamais imaginé que Jonathan Brandis puisse avoir une expression à faire peur... Jesse Jasper me prouvait qu'il était capable de me pétrifier sur place rien que par le pouvoir de ses yeux.

-Il faut vraiment que je t'explique tout ?

De sa voix aussi. Ce n'avait été qu'un murmure et pourtant je n'avais pu m'empêcher de frémir en l'entendant tant elle avait été semblable à un grondement de tonnerre.

-Tâche de rester sage.

Et sur ces énigmatiques paroles, le prince des Serpentard du forum se détourna et rentra dans la salle de classe la plus proche.

Je restais sur place, tétanisée. Ce mec m'aurait décidément tout fait. De l'intimidation ? Comme tout bon Serpentard de base, il savait en manier, c'était certain, mais pourquoi ici et maintenant ? Pourquoi pour quelque chose d'aussi futile ? Ça n'avait aucun sens ; rien n'avait de sens, depuis la veille, moi y compris. Mais je ne parvenais pas à comprendre la raison de ce brusque retournement de situation.

Jesse Jasper ne ressemblait décidément pas à Jesse Jasper.

~ ¤ ~ ¤ ~ ¤ ~
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyMar 16 Sep 2008 - 18:38

Je me retrouvai en salle de classe bien malgré moi, assise à côté d'une actrice en pleine crise de bouderie infantile – et pourtant plus jolie que jamais. Coudes sur la table et menton dans les mains, je boudais aussi ; Jesse avait réussi le coup bas de m'enlever toute occasion de m'amuser, en s'arrangeant pour tenter de me faire culpabiliser au passage. Sale bête. Je regardai s'agiter le professeur Zénobie – une espèce de folle furieuse qui était célèbre pour le nombre de points qu'elle était capable de retirer en un cours – avec une indifférence proche de l'ennui. Et, de fait, je m'ennuyais. Ferme.

Pour commencer, la furie hystérique qui nous servait de professeur de Potions – un sosie remarquable de l'incomparable Monica Bellucci, il fallait le dire – n'avait pas encore commencé à hurler, me privant ainsi d'un spectacle que j'aurais pu attendre avec impatience en d'autres circonstances – c'est à dire si Jesse ne m'avait pas frustrée de la sorte. Ma foi, si j'avais su quel cours m'attendait, qu'aurais-je choisi : le parc ou l'italienne ? Quoi qu'il en fut, ce jour-là, elle semblait faire un immense effort de concentration pour ne pas craquer – ça aussi, c'était frustrant.

Tout le monde savait qu'elle briguait le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal ; une sorte de Severus Rogue bis au féminin... si elle n'avait pas eu une voix aussi haut perchée dans ses légendaires crises de colère. "Un cri de sirène hors de l'eau" écrivait régulièrement sa joueuse - ou son joueur – qui paraissait fortement apprécier la comparaison. Personnellement, j'attendais de voir... et d'entendre. Sauf que rien ne venait. Et bizarrement, la classe était relativement calme – un semblant de réalisme. Ce personnage avait au moins ça pour lui.

Je m'ennuyais. J'avais envie de faire quelque chose, n'importe quoi. Mais pourquoi diable n'avais-je pas tourné les talons quand j'en avais encore l'occasion ? Après tout, l'autre scroutt m'avait abandonnée devant la salle, rien ne m'aurait empêchée de repartir dans l'autre sens... Bah, il était trop tard pour regretter. Je pourrais toujours sortir après ce cours.

De là où je me trouvais – dernier rang, une entorse à la règle de Lanah qui s'était tout de même installée à côté de moi – je voyais le dos de la plupart des élèves de la classe, un mélange hétéroclite d'adolescents de 15 et 16 ans, venant de toutes les Maisons – on ne s'encombrait pas de questions d'éthique inter-Maisons, sur ce forum ; il arrivait, rarement cependant, qu'un cours finisse en génocide Rouges-Verts, et quelques fois, les Bleus et les Jaunes s'en mêlaient, histoire de prouver qu'ils existaient aussi. Il était plus difficile que je ne m'y attendais de reconnaître qui était qui : pour moi, tous ces dos, toutes ces chevelures m'étaient totalement étrangères. Et ce n'était pas de savoir à quoi ressemblait telle ou telle personnalité qui m'aidait ; quelques années en moins et une réalité en plus avaient de quoi perturber tous les repères photographiques.

Distraitement, je cherchais la nuque sans nul doute séduisante de Jonathan Brandis, me demandant vaguement comment le Serpentard se comportait en cours ; et comment il se comporterait si quelqu'un venait à mettre le bazar, là, tout de suite. Je souris – me venait une bonne idée pour tromper mon ennui. Je sortis un parchemin bruissant de mon sac, le déchirait en petits morceaux – je pus remarquer que ce machin jauni faisait bien plus de bruit que du simple papier – et entrepris d'en lancer des boulettes sur toutes les têtes blondes à ma portée. Me récoltant par la même occasion un regard noir de Kristin Kreuk ; je lui décochai un sourire gêné mais ne m'arrêtai pas pour autant. J'aurais cru que l'idée l'aurait amusée mais, visiblement, elle m'en voulait encore pour ce que je lui avais dit.

Chaque fois qu'un garçon se retournait en se frottant l'arrière de la tête, je prenais la pose de la fille qui s'ennuie à mourir, déjà à moitié endormie. Comme je m'y attendais, personne ne fut dupe, mais personne ne me fit de commentaire non plus. Sauf Lanah-Kristin, qui me gratifia d'un agréable :

-Tu es parfaitement puérile.

Merci. Je ne pris pas même la peine de répondre et jetai une énième boulette. Pas de réaction ; tiens, c'était bien le premier à ne pas réagir au quart de tour. J'en lançai une autre, qui rebondit sur son omoplate – mal visé. Le garçon ne bougea toujours pas. Ah la, ça ne me plaisait pas du tout. Piquée au vif, je réitérai l'expérience. Ah ! L'animal daigna enfin se passer une main dans les cheveux, avant de se retourner sur sa chaise, cherchant des yeux le coupable. Je l'observai avec une pointe de scepticisme. Il n'avait pas du tout le même comportement que les autres ; à vrai dire, c'était une réaction infiniment plus naturelle que celle des autres. Certes, oui, mais il s'agissait de Jesse Jasper. Et ce seul fait suffisait à m'intriguer.

Son joueur devait être assez mal luné, en ce moment.

La question des durées in et out forum m'effleura l'esprit, mais je l'écartai en vitesse, désireuse d'éviter la migraine inhérente à ce genre de réflexions stériles.

-Vous, là ! lança soudain une voix forte et aigüe. Oui vous ! Qu'est-ce que vous faites ? Le cours, c'est ici, pas derrière vous !

Et voilà, miss Zénobie nous faisait enfin l'honneur de sa voix mélodieuse. Effectivement, c'était atroce. Mon cœur battait encore furieusement la chamade ; j'avais cru mourir de peur. A noter l'irrésistible scène diablement terrible de la belle Monica s'égosillant de la sorte – la quatrième dimension, à côté, c'était Casimir.

Jesse Jasper m'ignora et se fit tout petit sur sa chaise ; il était assez surprenant de le voir plier ainsi devant cette prof comme un gamin pris la main dans le sac. Haussant un sourcil, je songeai qu'il était temps de réellement mettre du piment dans ce cours barbant. Et de mettre Jasper dans l'embarras le plus total. Je tenais mon occasion. Je préparai une boulette plus grosse et la lançai sur lui en y mettant plus de force ; Zénobie avait décidé de m'ignorer, c'était parfait. Ma cible sursauta et se tourna pour me lancer un regard aussi noir que celui dont il m'avait gratifiée dans le couloir, quelques minutes plus tôt...

Il n'en fallut pas plus à notre furie professorale pour se remettre à transpercer les tympans de ses élèves – de quoi ruiner la réputation de Monica Bellucci en moins de deux. Du moins pour moi. Quoique l'année précédente, certains étaient allés jusqu'à dire qu'ils ne pouvaient plus voir l'actrice en peinture : ils avaient envie de frapper la représentante involontaire de la tyrannique Zénobie... Je n'allais pas tarder à devenir comme eux ; et ça m'amusait.

J'ignorais totalement comment se comportait Andréa devant cette femme, ne l'ayant jamais croisée au détour d'un sujet ou d'un cours, mais je n'en avais strictement rien à faire. Ici, là, tout de suite, c'était moi, et non la Gryffondor, qui donnais la réplique. Et peut-être que je n'étais pas une fauteuse de troubles, d'ordinaire, à l'inverse de mon personnage, mais tout ceci n'était qu'un jeu, une illusion, et tant que le rêve se poursuivrait, je comptais bien en profiter au maximum, et tant pis s'il me prenait l'envie de faire n'importe quoi.

Un bazar monstrueux ne tarda pas à s'instaurer dans la salle. Contre toute attente, tout le monde semblait avoir décidé qu'il était temps de bouleverser l'ordre ; un peu comme si j'avais donné le feu vert ; j'avais été le signal du départ, la déclaration de guerre que tout le monde attendait. Les questions débiles fusèrent de toutes parts, tandis que certains se mettaient à bavarder ou que d'autres se lançaient dans des expériences d'apprenti sorcier – ce qu'ils étaient, j'avais failli l'oublier. Le visage de Monica Bellucci devint rouge ; elle semblait fulminer. Mais personne n'y prit garde, et le désordre s'installa, pire encore qu'avec Hagrid. J'avais presque pitié pour elle ; presque : mes oreilles ne supportèrent pas un nouvel éclat de voix.

Dans le tohu-bohu général, je me glissai jusqu'à la porte, indifférente à ma pseudo-amie qui, après avoir tenté de me retenir plus pour la forme que par réelle envie de me faire rester, avait finalement pris le parti de me suivre. Nous nous faufilâmes donc toutes deux dans le couloir et, une fois la porte refermée derrière nous, pouffâmes de rire ; ça, pour les bêtises, Lanah n'était pas la dernière. Riant toujours, elle s'élança en courant dans le couloir. Je lui emboitai le pas, avec un sentiment fou de liberté qui me donnait l'impression de voler. C'était n'importe quoi ; mais j'adorais ça.

-Lewis !

La voix de Jesse Jasper claqua dans le couloir comme un coup de fouet. Je trébuchai, surprise, et me retournai à moitié pour lui crier, plus par réflexe que pour tout autre raison :

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça !

Avant de m'arrêter soudain, les yeux écarquillés, indécise. Je venais tout juste de réaliser quel nom avait employé Jesse. Ce n'était pas le nom d'un personnage du forum, nom plus qu'un surnom qu'il aurait donné à Andréa. Non. C'était le surnom qu'Alex, son joueur, m'avait donné, à moi, joueuse d'Andréa, le jour où il avait appris mon véritable prénom. Il était le seul à l'utiliser ; et n'avait aucune raison pour le faire ici.

-Je peux savoir à quoi tu joues, Shahn ? poursuivit-il, beaucoup plus proche que l'instant précédent.

J'étais pétrifiée. Je voyais, devant moi, le visage interrogateur de Kristin Kreuk qui s'était elle aussi arrêtée, quelques mètres plus loin.

-Je t'avais pourtant prévenue, non ? souffla-t-il à mon oreille.

Je me retournai vivement et le repoussai de toutes mes forces. J'avais peur de lui ; j'avais peur de sa colère et de son regard d'orage rivé sur moi, j'avais peur de sa poigne sur mon bras qui me faisait presque mal, j'avais peur de ces paroles ambigües qu'il ne cessait de me sortir à tout bout de champ. J'avais peur de tout, parce que je n'étais pas dans mon élément, et que j'avais un ennemi plus à même d'influencer cette vie ici que mes alliés. J'avais peur... parce qu'il semblait comprendre et savoir en tirer avantage.

-Lâche-moi...

-Tu as compris dans quelle galère tu es tombée ? continua-t-il sans se soucier de ce que je pouvais bien dire, resserrant sa poigne sans pitié aucune.
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Loevi Leroy
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MessageSujet: Re: Alice au pays des Sorciers   Alice au pays des Sorciers EmptyMar 16 Sep 2008 - 18:38

-Eh, lâche ma copine, toi.

Malgré quelques dix bons centimètres en moins, Kristin Kreuk toisait Jesse avec un regard hautain et méprisant digne de ce qu'on pouvait lire chez Rowling – pensée incongrue en pareil moment, s'il en était. Jesse fulminait, visiblement pas décidé à laisser tomber le sermon qu'il avait prévu de me faire ; ils se fixèrent droit dans les yeux un long moment, en parfaits chiens de faïence ; je n'avais jamais vu autant de haine sur des visages aussi jeunes. Je n'avais jamais vu autant de haine sur le visage de personne. Je le sentais prêts à faire... quoi ? Une énorme bêtise, sans aucun doute. J'aurais pu dire se frapper, si je ne m'étais pas souvenue de l'endroit où je me trouvais.

-Eh, dites, ça va, restons calme... tempérai-je.

Je posai une main sur le bras de Jesse pour l'apaiser ; il me relâcha vivement en grognant, et se frotta la main sur son pantalon comme si j'étais contagieuse – merci pour moi, Jess, vraiment. Kristin passa ses deux bras autour de mes épaules et m'attira sans ménagement à elle, les yeux toujours rivés sur Jesse comme si elle comptait le brûler rien qu'en le regardant. Vu sa fureur, je n'étais pas loin de croire qu'elle en était capable...

-Je peux savoir ce que tu lui veux ? gronda-t-elle.

-Ça ne te regarde p...

-Oh mais si, ça me regarde ! s'écria-t-elle. Quand on s'en prend à mes amis, je suis désolée, mais ça me regarde. Et quand c'est toi qui cherches les ennuis, je me méfie deux fois plus.

-Bein voyons, railla Jesse. Les Gryffondor sont tous de preux chevaliers et les Serpentard tous des chiens. Je n'en attendais pas moins d'une cervelle bouchée comme la tienne, Blue. C'est vrai qu'on n'apprend pas à combattre les préjugés, chez les Rouges...

-Parce que vous vous préoccupez de ça, chez les Verts ? riposta Lanah.

Elle gagna pour toute réponse un nouveau regard noir qu'elle retourna à l'envoyeur. La tension ne faisait qu'augmenter de minute en minute et je commençais à me sentir mal, entre eux deux. J'avais à la fois envie de les gifler pour les remettre sur le droit chemin et envie de m'enfuir pour ne plus avoir à supporter leurs prises de bec et la lourdeur de l'air qui les entourait. Je sentais comme des arcs électriques se former entre eux. Ça n'avait vraiment rien d'agréable.

-Calmez-vous, s'il vous plaît... insistai-je.

Mais aucun des deux ne m'écoutait ; il devait être infiniment plus intéressant pour eux de se bouffer le nez sans pitié. Rancune inter-Maisons oblige. C'était marrant sur le forum, ça prenait des airs de racisme exacerbé, par ici. Malgré moi, je ressentis de la compassion pour Jesse – méprisé simplement parce qu'il était Serpentard. Mais je n'étais pas vraiment mieux placée pour parler bien que, pour ma part, je n'avais sans doute pas trois Maisons liguées contre moi. Jesse était le Prince de Serpentard, ici, et cela faisait de lui la cible préférée de la haine des personnages des autres Maisons.

Mais qu'est-ce qui me prenait de penser comme ça ?

Jesse était mon ennemi, il fallait que je garde ça à l'esprit. Sa propre haine à mon égard était suffisamment forte pour m'interdire toute compassion envers lui. Si je me laissais faire, sa colère finirait par me consumer ; il essayait déjà de m'intimider, profitant de la faiblesse qu'il avait su percevoir en moi. Il était prêt à me faire mal, pour me faire peur, et pour prouver qu'il était plus fort que moi, sans doute. Il était méprisable ; et il ne se gênait pas pour me le prouver encore et encore. Que voulait-il se prouver en agissant comme ça ?

-Tu ne l'approches plus, c'est clair ?

Conclusion menaçante d'une discussion non moins colérique. M'étreignant fort contre elle, Lanah Blue défendait son territoire avec vigueur ; je me faisais l'effet d'un morceau de viande que deux lions se disputeraient sans que l'un d'eux ne songe à renoncer. Un lion et un serpent, pour le coup. Je ne savais plus trop ce que je préférais. Lanah était un personnage possessif ; et, comme d'habitude, je découvrais tout juste ce que ça faisait de le vivre. C'était la période des révélations – pas forcément agréables.

C'était dingue, ça. Je débarquais dans un monde totalement imaginaire, je parvenais enfin à me décider à en profiter avec le sourire, et je me retrouvais prise au milieu d'une bataille opposant une pseudo amie et un pseudo ennemi. Quelque part, je n'en avais rien à faire. Mais d'un autre côté... ça me mettait inexplicablement mal à l'aise.

-Tu lui fous la paix, et tu oublies les rendez-vous nocturnes. Toutes vos trolleries, c'est fini. Andy, je ne veux plus que tu aies affaire à lui, tu m'entends ?

-Tu te prends pour sa mère, maintenant ? lança Jesse, un sourire sarcastique aux lèvres.

-Je me prends pour ce que je suis, et je suis sa meilleure amie, répliqua Lanah, hautaine. Toi tu n'es rien du tout, alors tu n'as pas le droit à la parole.

-Je ne suis rien ? s'exclaffa-t-il. Qu'est-ce qu'il faut pas entendre...

-Vous n'avez rien en commun, rien, coupa-t-elle d'un ton plus sévère. Vous êtes des étrangers.

Ouhlà... ça dérapait, là, ou c'était seulement mon imagination ? Je me dégageai d'un coup d'épaule des bras de Lanah et lui fit face – passer du visage temporairement devenu familier de Brandis à celui de Kreuk faillit me couper dans mon élan.

-Stop, ça suffit maintenant, lâchai-je, agacée. Lana, tu t'es bien défoulée, maintenant c'est bon. Retourne voir Clark et laisse-moi un peu respirer.

-Pourquoi tu le défends ? s'emporta-t-elle ; Clark passa heureusement à la trappe ; pour cette fois.

C'était une très bonne question... Pourquoi est-ce que je défendais Jesse Jasper ? Celui qui essayait par tous les moyens de s'en prendre à moi ? Sûrement à cause de l'expression douloureuse qui était apparue furtivement sur son visage et qui ne m'avait pas échappée. Je n'avais pas été capable d'y rester insensible. J'étais trop gentille. Non ; il m'intriguait.

-Je ne le défends pas, niai-je farouchement. J'aimerais juste un peu de calme, c'est possible ? Je suis ravie que tu prennes soin de moi Lanah, vraiment, mais j'aimerais autant que tu me laisses décider toute seule de ce que je fais.

Andréa se fichait peut-être que cette fille empiète sur sa vie, mais je tenais trop à ma liberté pour laisser quiconque m'ordonner quoi que ce soit - même si c'était pour mon bien. Même si j'étais d'accord.

-Quoi ? Mais...

Lanah se tut sans rien ajouter, choquée. D'autres bras passèrent autour de mes épaules, et un visage frôla le mien. Je n'eus pas besoin de me retourner pour savoir de qui il s'agissait. J'ignorais pourquoi il faisait ça ; ou sans doute cherchait-il seulement à taquiner Lanah. Je restai immobile, les bras ballants, me demandant encore et encore pourquoi je ne réagissais pas... N'aurais-je pas dû le repousser aussi sec, avec toute la force que je pouvais avoir ? Alors pourquoi je le laissais faire ? Pourquoi... cette intimité ne me dérangeait pas ?

C'était sa façon de m'enlacer, qui me paralysait. Aussi ferme et possessive que Lanah... mais avec quelque chose en plus. C'était indescriptible. Je me rendis compte avec embarras que je ne m'étais pas sentie aussi bien depuis mon arrivée. Son contact, paradoxalement, m'apaisait. Je venais de comprendre, peut-être : il m'était plus familier que Lanah. Est-ce que je devais ça à notre rencontre de la nuit même ?

-Ah c'est comme ça... marmonna Lanah d'une voix tremblante. Je vois. Je ne te comprends pas aujourd'hui, Andréa. Ce matin encore...

-Lanah, ce n'est pas ce que tu crois, fut tout ce que mon cerveau improductif trouva à rétorquer.

-... tu prétendais le haïr. C'est un Serpentard !

Décalage...

Elle me fixa un instant en fronçant les sourcils, puis mit les poings sur les hanches, de nouveau souriante. Là, c'était moi qui ne la comprenais pas.

-Si tu le dis, fit-elle. A plus alors !

Elle me gratifia d'un clin d'œil et un signe de main et s'éloigna en courant presque. Incroyable. Cette scène était surréaliste. Cette fille était surréaliste. Je ne comprenais plus rien. Je n'étais pas sûre qu'il y ait quelque chose à comprendre.

Jesse se rappela à ma mémoire en me soufflant dans le cou.

-Arrête ça, grognai-je.

-Tu es bien docile, aujourd'hui, répliqua-t-il, amusé.

-Tu peux me lâcher, maintenant.

-Alors comme ça tu prétends me haïr ? demanda-t-il sans me lâcher, posant au contraire son menton sur mon épaule, appuyé contre moi.

-Et toi ? répliquai-je. A quoi ça rime ce comportement ?

-Je pourrais en dire autant de toi...

Je soupirai. Jesse était de toute façon plus fort que moi à ce genre de petits jeux.

-Je peux savoir ce que tu me veux ? demandai-je, résignée.

-Je te l'ai déjà dit, que tu restes tranquille.

-Pourquoi ? Qu'est-ce que tu en as à faire si je me fais renvoyer de l'école ? Je croyais que j'étais ta pire ennemie.

-Je m'ennuierais si tu t'en allais...

-Menteur.

Il soupira à son tour et consentit à me relâcher. Je frissonnai malgré moi, ressentant comme un vide. Je n'étais pas sûre de savoir ce que je ressentais, depuis mon arrivée. Je savais que je devais me méfier de lui, j'avais un peu peur, aussi, mais quelque chose me poussait à me fier à lui. Comme s'il partageait quelque chose avec moi. C'était totalement insensé. Mais sa manière d'agir comme s'il savait tout... m'embarrassait et me calmait en même temps. Je ne me retournai pas, craignant de croiser son regard. Je me sentais si stupide que j’étais certaine qu’il le verrait sur mon visage.

Il garda le silence un long moment, et j’hésitai à le relancer. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec lui – ironie, colère ? Il pouvait réagir de toutes les façons possibles. Je m’interrogeais sur la nature de l’intrigue qu’Alex avait inventée pour son personnage – pour nos personnages – sans même avoir pris la peine de m’en toucher un mot. Qu’avait-il décidé ? Quel était le sens de ces rencontres secrètes en pleine nuit entre lui et Andréa, et qui semblaient être devenues une habitude ? Est-ce que ça avait un lien avec ce comportement étrange qu’il avait envers elle ou bien… pas du tout ?

-Est-ce que tu seras sage, maintenant ? finit-il par demander.

-Je ne vois pas pourquoi je…

-Je pensais que tu aurais compris, Alice. Que tu le veuilles ou non, c’est ta vie, maintenant.

Chapitre 3
Fin

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